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Queenie
Invité

[Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Ven 17 Juin 2016 - 18:13


Dernière édition par Tylda le Jeu 20 Juil 2017 - 11:56, édité 1 fois
Rappel du premier message :


Bienvenue sur ma galerie. Ici, je poste mes créations sur les Sims 4 mais également des textes.
Vous pouvez, justement, retrouver l'avancée de mon histoire juste ici :

Chapitre 1 - pas de modification depuis la page 5
Spoiler:

Stirn
14 Juin 1506, Château de l'Aube, Manes

–  Je pense que ce sera tout pour aujourd'hui.

Ma voix est dénuée de chaleur et mon ton et sec. Je n'ai jamais aimé participer aux conseils du royaume en l'absence de mon époux. Les hommes présents dans la salle me vouent une haine sans égale et si je n'ai pas peur d'eux, je me sens tout de même mal à l'aise à leur côtés.
La pièce est éclairée de bougies. Les fenêtres ne nous offrent que la clarté de la lune : cela fait maintenant quatre heures que le conseil a débuté et la Capitale est déjà endormie.
Je suis installée sur le trône du Roi, comme toutes fois où c'est moi et uniquement moi qui préside l'Assemblée. Autour de la longue table en chêne, les conseillers se lèvent. Le bruit du frottement de leurs sièges contre le sol humide m'insupporte. Si le Roi avait été présent, ces hommes seraient sortis de la salle silencieusement après lui avoir accordé une humble révérence. Aujourd'hui, ils se contentent de s'abaisser rapidement devant moi et de sortir sans un mot de plus.

Je rejoint donc mes appartements sans prendre la peine d'adresser la parole à mes dames de compagnie qui me suivent au pas de course dans les couloirs du château de l'Aube.
Je suis exténuée par cette journée. Ce matin, alors que j'étais toujours dans mon lit, un message est arrivé du front. La lettre venait de mon mari. J'aime son écriture et la façon dont il m'écrit : bien que grand nombre de ses actes soient moralement douteux, il m'écrira toujours de sa propre main, manière chevaleresque d'un homme à son épouse.
Mais le contenu du message avait tout pour me déplaire. Son armée a perdu deux batailles consécutives et il ne pouvait m'assurer son retour avant le mois de Janvier prochain. Ce qui signifie donc que mon rôle de régente n'est pas prêt d'être terminé avant de longs mois.

Je laisse mes femmes de chambre me dévêtir et leur demande de sortir. Avant de me glisser sous les draps, je me pose devant la fenêtre de ma tour. Au loin, j'ai beaucoup de mal à distinguer la ligne d'horizon. J'ai entendu les servantes discuter de mon comportement. Ces idiotes s'imaginent que j'attends le retour du Roi. Notre couple produit un effet ridiculement romantique sur les jeunes femmes du pays. Toutes s'imaginent vivre l'idylle de la même manière que leurs monarques... Quel amour ? Quelle idylle ? Je n'ai jamais rien ressenti.
Ce que je guette, ce n'est ni le levé du jour, ni mon époux. J'attends mon heure, voilà tout. Mon regard est porté à l'Ouest, sur la Terre lointaine où j'ai grandi : Idonis. À chaque fois que je suis face à cette direction, je fini par fermer les yeux. Et je repense aux événements qui ont changé ma vie.

Il fut un temps où je me croyais libre.
J'ai vécu les treize premières années de ma vie en paix. Je vivais dans la partie Sud d'Idonis, mon Île. J'étais l'héritière de la famille la plus riche qu'il soit : et pour cause, puis-ce que j'ai un jour été la fille de la Gouvernante du pays. Ma mère s'appelait Ema. Elle ne possédait pas le titre de Reine, car dans notre religion, la seule divinité qui existe est notre Déesse. Alors ma mère dirigeait le pays selon Ses volontés, sans abuser de ses pouvoirs. Notre famille était la famille de la Gouvernance depuis la nuit des temps. J'aurai du faire de même. J'aurai du devenir la Gouvernante à mon tour, et léguer mon statut à ma fille.

En 1484, le vent a tourné et mon destin a changé.

Je me souviens bien du jour où l'armée d'Azaga, ce pays étranger dont je ne connaissais rien, est rentrée dans Agen. Je me trouvais dans la même position qu'aujourd'hui : dans ma chambre, regardant par la fenêtre.
Je n'avais vu ni ma mère, ni mon père depuis des jours. Mes femmes de chambre ne voulaient pas que je sorte dans les jardins : j'étais recluse dans ma chambre. Déjà à l'époque, j'aimais observer le monde s'éveiller au delà de ma fenêtre. Comme je n'avais rien à faire, je lisais tranquillement durant de longues nuits, et le jour, je guettais les environs, je regardais femmes et hommes déambuler dans les rues de ma ville pour aller travailler.
Ce jour là, quand j'ai posé mon livre et relevé la tête, il y avait des affrontements dans le port. Des centaines – non, des milliers d'hommes armés semblaient se battre. Je cherchais à voir plus de choses, mais une épaisse fumée m'en empêchait. Comment tous ces hommes, habillés si étrangement, aux armes si différentes des nôtres, avaient-ils pu débarquer sur mon Île, dans notre havre de paix et de tranquillité ?
Je ne sais pas comment je me sentais. Je pense qu'à l'époque, je ne le savais pas non plus. Le seul sentiment dont je me souviens, c'était ma curiosité débordante. Avais-je peur ? Étais-je confiante ?
Si les hommes avaient envahi le port, ils étaient forcément venus par bateau. Dehors, des gens hurlaient. Les bruits d'horreur me paraissaient bien proches. Était-il possible que d'autres hommes armés avaient pénétré la ville ?
Ma nourrice m'informa que ma mère allait venir me voir et que je n'avais pas le droit de sortir. C'est seulement après l'avoir supplié de m'en dire plus que la vieille femme me dit ce qu'elle savait.

– J'ai entendu les domestiques en parler entre eux. Ils disent que deux armées différentes ont pénétré le pays. Les Deux Grandes, précisa t-elle.

Je ne savais pas grand choses des deux grandes puissances voisines, Stirn et Azaga. Jamais aucun étranger n'avait franchi nos frontières. Jamais personne ne s'était intéressé à nous. Nous vivions seuls, nous vivions très bien sans eux.

– Que veulent t-ils ?

– Je ne sais pas, me répondit-elle. Je sais seulement que l'armée qui a envahi Agen s'appelle A.. Aza.. Enfin, que les deux armées se sont séparé la moitié du pays. À l'heure qu'il est, l'autre Île doit être en train d'envahir le Nord.

Je suis restée dans ma chambre pendant des heures, silencieuse. Les bruits de combat étaient de plus en plus net. La fumée avait pénétré par les barreaux de ma chambre et je ne pouvais m'arrêter de tousser.

La porte a fini par s'ouvrir. Ma mère pénétra dans la pièce et, d'un signe de tête, fit sortir les femmes de chambre paniquées qui pleuraient silencieusement dans mes appartements.

– Ma fille. Approche-toi.

Elle me prit dans ses bras. Je me souviens qu'elle possédait un parfum particulier, une fragrance différente de celles de chez moi. Hommes et femmes d'Idonis possédaient tous la peau claire, les cheveux noirs et les yeux verts. Ils étaient beaux. Ma mère était belle. Voilà ce que je me disais à cet instant.

– Mère ?

– Nous n'avons pas beaucoup de temps. Ma chère Cerra, nous allons devoir nous quitter. Je suis désolé, terriblement désolé. Des hommes armés arrivent d'un autre pays et viennent pour conquérir toute notre Île. Ce sont des barbares. Ils torturent, tuent et prennent des prisonniers.

– Notre armée pourrait peut-être les vaincre ?

– La moitié de nos hommes sont déjà morts. Ils se rapprochent. J'ai passé les deux derniers jours dans la chapelle. La Déesse entend toutes les prières, mais n'a pas répondu à mon appel. Cet obstacle, c'est elle qui nous l'envoie.

– Pourquoi nous ferait-elle ça ? Pourquoi venir nous tuer ?

Elle s'est approchée de la fenêtre à son tour. Je remarquais qu'elle ne tremblait pas : ma mère ne tremblait jamais. Elle se tenait droite et semblait sûre d'elle. Sa voix était calme. Son attitude rassurante me trompait : je croyais qu'elle détenait une solution pour que nous puissions continuer à vivre unis, elle, mon père et moi.

– Nous n'avons plus beaucoup de temps, répéta t-elle. Écoute moi bien. Un cheval t'attend aux écuries. Ton père voyagera avec toi, et ce sera tout. Nous ne pouvons pas nous permettre d'augmenter le nombre de voyageurs, vous vous ferriez repérer.

– Pour-...

– Tu écoutera ton père quoi qu'il arrive. Si il vient à mourir, tu continuera seule. Tu es bonne cavalière : promet moi d'être rapide et toujours silencieuse. Ne parle à personne en chemin. Ne révèle pas ta vraie identité.

– Pour aller où, Mère ?

À l'époque déjà, j'étais plus petite que la moyenne des femmes d'Idonis. Elle s'agenouilla près de moi et caressa mon visage du bout de son index. Ses yeux habituellement remplis de tendresse étaient désormais remplis de larmes qui n'osaient franchir ses paupières pour glisser le long de ses joues. Ou peut-être étaient-ce les flammes de la cheminé qui les faisaient briller autant ?

– Ton père t'expliquera tout. Tu dois partir maintenant. Ton père portera ton bagage – trois robes seulement, nous ne pouvons pas nous permettre plus. Promet moi de ne pas m'oublier et de ne pas perdre ta foi, quelques soient les événements à venir. Je t'aime.

Elle avait toujours été pleine de bienveillance envers moi, mais elle ne m'avait jamais dit ouvertement qu'elle m'aimait.
Démunie, je la regardais sortir de la pièce. J'étais totalement paralysée par la peur de l'inconnu, par la suite des événements. Ses mots se bousculaient dans ma tête, j'essayais de les rendre plus clairs, je voulais comprendre.

– Vite, me dit elle après avoir ouvert la porte.

Je jeta un dernier regard vers l'armée d'Azaga. Je n'avais plus le temps de rester là. Quelque soit le danger, je compris que désormais, je devais agir.
Je franchi la porte, attendant sur le seuil avec ma Mère. Ses yeux ne brillaient plus. Avait-elle refoulé ses larmes où leur éclat du aux flammes avait-il disparu ?

– Aux écuries. Prend ça.

Elle décrocha le collier qui ne quittait jamais son cou : une ficelle brodée d'or sur laquelle était accroché une pierre blanche. Puis je me suis élancée dans le couloir en direction des escaliers. Alors que je descendais les premières marches, j'entendis sa voix appeler mon nom.

Je ne la voyais plus, j'imagine qu'elle était toujours au seuil de ma porte. En fait, je ne faisais pas attention à ce genre de détails à l'époque. J'étais certaine de la revoir dans un futur proche.
Je ne la voyais pas, mais je sentais sa présence.

– Ce n'est pas de ta faute. N'oublie jamais ça.

J'ai attendu une éternité sur les marches d'escalier, jusqu'à ce que je sois sûre qu'elle était partie.
Puis j'ai repris mon chemin, sans me rendre compte que c'était la dernière fois que j'entendais sa voix.

Quand je rouvre les yeux, les flammes des bougies de ma chambre se sont éteintes. Mon esprit est tout aussi fatigué que mon corps, et je déteste ne pas y voir clair. Je me dirige doucement vers mon lit puis me glisse sous les draps. Une fois protégée par l'épaisse couche de tissus recouvrant ma peau, je me laisse allée au sommeil en gardant entre mes doigts le collier accroché autour de mon cou.

Chapitre 2 - tout juste modifié.
J'ai nuancé les propos de mon héroïne suite aux conseils de Lady et de Rope', merci !
Spoiler:

Stirn
23 Juin 1506, Palais d'été, Apas
Cela fait dix-huit ans maintenant que je me rend à Apas pour fêter la nouvelle saison.
Le Palais d'été est magnifique. Il s'agit certainement de ma demeure favorite. Sa construction a débuté il y a vingt et un an, lors de mon arrivée dans mon nouveau pays. Mon époux rentrait d'Idonis victorieux et plus riche que jamais. Il savait que sans moi et l'accord qu'il passa avec ma mère, il n'aurait jamais gagné la guerre. Alors que je cherchais à être la plus distante possible de mon nouveau mari, lui, voulait me prouver qu'il était digne de confiance et pouvait être un bon époux.

Il me remercia donc en faisant construire ce qu'il voulait être le château le plus magnifique au monde. Edmond disait à qui voulait l'entendre que le Palais allait être à l'image de ma beauté et de ma lignée. J'étais jeune et intimidée, je ne voulais pas de son affection ni de l'attention qu'il me portait. En l'épousant, je pensais vivre en sécurité dans un donjon où je n'aurais jamais l'occasion de sortir. C'est ce que j'aurai préféré.

Il le fit ériger au Sud, là où le temps est particulièrement clément en comparaison avec les fortes pluies de la Capitale.


Le trajet ne fut pas très long : Stirn est situé à mi chemin entre le Nord et le Sud et les chemins empruntés par le carrosse ne pouvaient être plus praticables. Lors de mon arrivée, le vingt et un au soir, je fus une nouvelle fois frappée par la magnificence des lieux et de l'édifice, entouré de grandes forêts de chênes centenaires et d'une rivière. Après notre mariage, Edmond la rebaptisa Cerra. La rivière de Cerra.

Le granit du château n'est pas un granit ordinaire : il est rosé, parfois rouge selon la lumière du soleil. Sa taille est telle que nous pourrions facilement y loger tous les membres de la Cour et les familles des membres du Conseils.

Fort heureusement, le Roi étant absent, je n'eus pas à emmener beaucoup de monde avec moi. Quelques dames de compagnies, mes enfants et leurs précepteurs suffisent amplement pour ces vacances de deux semaines.
Ici, je suis plus tranquille et plus reposée. Je veux profiter de mes enfants et passer du temps avec les jeunes princes et princesses.

Parfois, vivre sans le Roi à ses bons côtés.


– Mère, me dit Amédée. Pourrons-nous aller nous promener à cheval, demain ?

C'est la fin de la journée. Les garçons s'affrontent à l'épée dans jardin, Blanche est assise près d'eux en lisant. Quand à Bathilde, elle est restée alitée tout le jour durant, se plaignant de violents maux de tête, soit, comme d'habitude.

– à condition que le temps soit clément et que vous vous teniez tous tranquilles au dîner.

Je ponctue ma phrase d'un regard appuyé envers l'aîné de la fratrie, Edward. Il ressemble déjà à un homme : ses boucles brunes tombent devant ses yeux, aussi sombres que ceux de son père. Il me dépasse déjà d'une demi-tête et sa carrure pourrait être comparée à celle d'un gladiateur des temps anciens. Pourtant, son comportement n'a rien d'adulte : il aime se bagarrer avec son frère, de cinq ans son cadet, et se sent en constante rivalité avec Blanche. Malgré ses seize ans, l'héritier de la couronne agit comme si il en avait dix de moins.

Les enfants ont continué à jouer quelques temps.
J'ai rédigé des lettres tout l'après-midi, des lettres personnelles : hors de question pour moi de travailler à Apas. La majorité étaient adressées à quelques dames de la Cour qui me témoignaient une sympathie inhabituelle : là-bas, je suis respectée mais détestée par bon nombre de jeunes femmes amoureuses d'Edmond.

Juste avant de partir pour Apas, j'ai justement reçu une lettre de sa part. Elle date d'il y a trois semaines. Le messager qui me l'a fait parvenir s'est montré particulièrement rapide : d'habitude, quand je reçois un billet venant d'un pays voisin, il met au moins un mois et demi à arriver.
J'ai décidé d'emporter la lettre avec moi au Palais d'été pour la lire tête reposée et avoir plus de temps pour lui répondre.

Cerra, mon aimée,

Son écriture est magnifique. Il n'y a aucune bavure sur le papier. Je l'imagine, le jour sur le champ de bataille pour guider ses troupes et le soir en train de m'écrire, éclairé seulement par une bougie et le clair de lune. Il y a des chances pour que ce soit le cas : il est si chevaleresque, comment pourrait-il en être autrement ?

Une terrible bataille a eu lieu il y a quelques jours. Pardonnez-moi de ne pas vous en avoir informé plus tôt : d'ailleurs, je ne sais même pas quand ce message vous parviendra. Enfin, si il vous parvient...
Je suis blessé à la jambe et ne peux plus me battre. Vous, et les enfants, priez en mon nom.

Au fil de ma lecture, une boule apparaît dans mon ventre.
À Stirn tout comme à Azaga, hommes et femmes n'ont foi quand le Roi. C'est à lui nous devons nous adresser dans chacune de nos prières.
Je ne le prie pas . Le soir, juste après avoir prié auprès de la Déesse en laquelle je n'ai jamais cessé de croire, j'essaye de tout mon cœur de faire de même, en tentant désespérément de diviniser mon mari. C'est vraiment difficile. Ce n'est pas un Dieu : Edmond est un homme dont l'apparence ne surpasse pas celle des autres hommes et, même si la moitié du pays n'a pas accès à l'éducation, je suis sûre que quelque part il y a des hommes bien plus intelligents que lui.
Il est juste né au bon endroit, au bon moment, mis au monde par la bonne femme, elle même mis enceinte par le Roi. Et ça aurait pu être n'importe qui d'autre. Alors, non, mon mari n'a rien de divin.

J'ai promis de vous revenir victorieux, alors comptez sur moi pour que cela soit le cas. Je pourrais très bien rentrer et demeurer auprès de vous durant ma convalescence : c'est de loin ce que je préférerais. Mais je ne puis être de retour misérable et estropié. Priez pour moi afin que je guérisse et je pourrais rentrer. Priez pour moi, croyez en moi. J'ai besoin de vous savoir de mon côté.
Je ne peux vous en dire plus car nous repartons bientôt au combat et je dois désormais m'entraîner à marcher de nouveau.


« J'ai besoin de vous savoir de mon côté »... Je fronce les sourcils, malgré moi. Mon époux sait à quel point il a été difficile pour moi de devenir Reine en si peu de temps, mais je pensais qu'il avait confiance en moi. Visiblement, il n'est pas dupe, et il doit sûrement savoir que tous les mots doux que je lui glisse à l'oreille sont faux et surjoués.

Ne restez pas cloîtrée au château. Il ne vous arrivera rien si vous décidez de partir comme chaque année au Palais d'été. Mes gardes veilleront sur vous. Jamais l'armée de ce fou de Richard ne foulera nos terres. Enfin, tout cela, vous le savez. Vous n'avez jamais peur.

Embrassez les enfants de ma part, et dites leur que je pense à eux chaque jour. N'oubliez pas de prier.

Edmond, votre Roi et fidèle époux.

La lettre semblait être terminée, mais il a réécrit quelque chose, tout au bout du parchemin. Son écriture est moins bonne, comme si il avait du écrire rapidement avant de partir.

Je vous veux, Cerra. Je me languis de vous chaque jour. Je suis impatient de vous retrouver.

Je sens le rouge me monter aux joues et chasse cette sensation d'un geste de la main, comme si mon mari se trouvait juste derrière moi et venait de me chuchoter ces quelques mots intimes.
Edmond est un homme très étrange. Il est très différent des hommes d'Idonis. Beaucoup plus... passionné. Il s'imagine être un personnage de roman, un chevalier, un Dieu : c'est comme ça qu'il se considère, mais est-ce réellement de sa faute ? S'il avait été le Gouverneur d'Idonis, il aurait été bien plus humble. Je ne peux pas lui en vouloir d'être parfois un peu trop imbu de lui-même. Après tout, il est le Roi, et presque le Roi du monde, si il me revient après avoir gagné la guerre.

Je ne pouvais pas l'apprécier. Une fillette de 13 ans ne peut pas aimer un inconnu, un étranger arrivant mettre des chaînes à sa terre natale. C'est impossible. Une jeune adolescente ne peut rien ressentir pour un homme qui lui vole son enfance dans le lit conjugal.
Mais moi aussi, je dois être une femme étrange. Car mes sentiments envers lui, eux, le sont.

Il n'a jamais cru un mot de ce que racontait mes ennemis lorsque l'on m'accusait d'être une sorcière, venue à Manes pour diriger le pays à travers mon mari.
Il a de l'estime pour moi.
J'ai de l'estime pour un Roi. Et si il venait à mourir...

Mon époux,

Votre lettre vient seulement de m'être arrivée. Nous sommes le vingt-troisième jour du mois de Juin. Comment vous portez vous ? J'ai prié pour vous, désormais je prierai pour le rétablissement de votre blessure.
Si vous ne pouvez vous battre, ne prenez aucun risque. On dit que Richard a envoyé des troupes vers le Nord : encouragez votre armée, guidez la, et rétablissez-vous. Quand vous serez remis sur pied, vous pourrez vous battre : et avec toutes les prières que vous recevez pour votre victoire, vous allez vaincre Richard une bonne fois pour toute.

Je me suis rendue au Palais d'été avec les enfants. Je n'ai pas pris de Cour : j'ai décidé qu'il était bon pour Edward d'être seul un petit moment. Peut-être qu'ainsi, il se remettra en cause. Son égoïsme est devenu maladif et je doute qu'il fasse un bon roi en étant si narcissique. Un Dieu se doit d'être humble.

Nous allons rester quelque temps puis repartir à Manes. Rien a signaler au pays : j'estime gérer la situation du mieux que je le peux. Ce n'est pas une situation enviable. Les gens me détestent ici. Il n'y a qu'à Apas où j'ai réellement la paix. Quand vous serez victorieux et que vous serez de retour à Stirn, je cesserai de me sentir étrangère dans un pays qui est pourtant le mien.

Encore une fois, prenez soin de vous. Vous gagnerez, j'en suis certaine.
Je vous désire tout autant que vous me désirez et vous attend chez vous. Venez au plus vite m'y retrouver.

Cerra, votre épouse.

- Comment va père, mère ? Me demande Blanche.

- Il est blessé. Priez pour lui.

Amédée et Edward se retourne vers moi et me regarde. Je n'ajoute rien de plus. Qu'est-ce que je pourrais dire d'autre ? Que leur père est peut-être mort et que je peux savoir où il se trouve actuellement ?



Nous prenons notre repas dans la plus petite salle à manger. Bathilde nous a rejoints en retard, le visage sombre, la tête baissée. Je lui ai fait remarqué son retard, elle s'est excusée d'une toute petite voix et n'a rien dit depuis.

– Qu'est-ce que vous lisiez, tout à l'heure, Blanche ?

– Oh, un simple roman que j'ai trouvé dans la bibliothèque de Père. Un conte, me répond t-elle.

– Votre père et le romantisme...

Edward s'esclaffe.

– Les romans ne sont pas pour les femmes, dit-il. Ce n'est pas pour rien que très peu d'entre elles sachent lire.

– Les ignorants ne le sont pas à cause de leur genre, réplique sa sœur. Tu en es la preuve vivante.

– Garce, grince t-il.

– Taisez-vous, tous les deux. Les pauvres n'ont pas d'éducation. Vous avez ce privilège, alors ne vous disputez pas pour une stupide question de genre.

Edward regarde son assiette d'un air maussade et lève les yeux aux ciel, un tic qu'il tient de moi.

– Ne le prenez pas mal, Mère, mais Apas est bien triste sans Père. Pourquoi ne pas avoir emmené la Cour ? Je me retrouve bloqué ici, loin de tout, avec comme seule compagnie un gamin de onze ans.

Amédée, qui mangeait bruyamment depuis le début du dîner, lâche sa nourriture. Ses yeux se remplissent de larmes.

– Tu ne m'aimes pas, pleurniche t-il. Tu es méchant. Je n'ai rien fait.

– Laisse-le, Ed', reprend Blanche avant que l'aîné ne réplique.

Plus personne ne parle le reste du repas. À l'image de mon peuple, ma famille est unie seulement quand Edmond est là pour régner, pour assurer la paix et l'autorité.



Une fois les enfants couchés, je peux à mon Tour me rendre dans la chambre royale. Sa grandeur et sa beauté m'a toujours intimidé quand je dois y résider seule. Mon mari a cependant insisté pour que nos appartements soient communs, jurant ainsi que jamais une autre femme ne partagera sa couche. Promesse qu'il a tenu deux ans. Désormais, que nous résidons à Apas ou à Manes, c'est lui qui partage la couche de ses maîtresses. Par passion, encore une fois. Peut-être croyait-il vraiment me rester fidèle et, vivant toujours au jour le jour, s'est-il réveillé un matin en désirant une autre femme.
Je me fiche éperdument qu'il me trompe. C'est un Roi, et un Roi prend des amants.
Ce qui me gêne, c'est les commérages qui se font sur mon passage et qui touchent mon égo bien plus que leurs stupides accusations de sorcellerie. Mon honneur est mis à mal à chaque fois qu'une femme se vente à la Cour d'avoir couché avec le Roi. Fière, je ne répond rien, je ne réagis pas, je fais comme si tout cela me passait au-dessus de la tête.

J'ai les paupières lourdes et le cœur gros, mais je n'arrive pas à trouver le sommeil, trop perdue dans mes pensées pour m'endormir. La lettre d'Edmond m'a fait un drôle d'effet. J'ai la gorge nouée à le savoir à des milliers de lieux, sali de boue et de sang, dirigeant une armée décimée par cette guerre sans fin.
Des gens meurent à cause de moi.

Chapitre 3 - tout juste modifié suite aux conseils de Lady et de Rope', merci ! Smile
Spoiler:

- Père ?

Nous avons galopé durant de longues heures, profitant de l'épaisseur de la forêt d'Agen pour nous cacher sous les arbres. C'est étrange comment ce décor apaisant contrastait avec la précipitation des événements. Au fil de notre traversé dans les bois calmes, je me rappelais des après-midis que je passais avec ma mère à galoper et à me ressourcer. Je n'arrivais pas encore à me dire que si, désormais, j'arpentais ces lieux, c'était non pas pour m'amuser mais pour fuir.

Depuis notre départ de la maison, mon père n'avait prononcé ne serait-ce qu'un seul mot. Il n'a jamais beaucoup parlé. La seule personne qui connaissait sa voix par cœur, le poids de ses mots sur sa langue, c'était ma mère.
Mais nous étions partis, sans que je sache réellement pourquoi, et nous étions désormais à des dizaines de lieux de sa présence, maternelle et rassurante.
J'avais beau l'interpeller, papa ne répondait jamais à mes appels. Je ne comprenais rien à la situation. Pourquoi ma mère m'avait-elle dit de fuir, pourquoi m'avait-elle parlé comme si nous ne nous reverrions jamais ? Tout était bien trop compliqué. C'est comme si une vague de brouillard était apparue dans mon esprit.

Nous avons traversé une petite rivière qui brillait avec les reflets du soleil. L'eau était aussi calme que les environs. Quelques heures auparavant, j'avais pu voir de ma fenêtre des hommes armés décimer les miens. Désormais, nous étions seuls, et les seuls bruits que je pouvais entendre étaient le chant des oiseaux et le courant de l'eau.

Alors, je serrais le collier contre mon cou. J'avais l'impression que cette petite pierre marquait sa présence. Bien évidemment qu'elle était avec nous. Nous n'avions jamais été séparés, tous les trois. Ce cadeau voulait dire qu'elle pensait à moi, et qu'elle m'accompagnait lors de ce voyage qui allait me mener vers l'inconnu. Ema, ma très chère mère, était là, avec moi.
Mon père prononça ses premiers mots depuis notre départ.

- Arrêtons nous pour manger.

Mon père était agile à cheval. Il glissa de l'animal si naturellement que je me surpris à croire que tout allait bien, que le monde n'était pas en train de s'écrouler. Sa prestance était la même que quand nous allions chasser ou nous promener aux alentours de la maison.

Papa accrocha son cheval, me fit signe de descendre et fit la même chose pour le deuxième animal, sur lequel mon maigre corps reposait depuis des heures.

- Nous allons devoir nous arrêter pour un moment. Il y a bien trop de lumière, nos ombres vont nous trahir si nous continuons à bouger. Il va falloir attendre la tombée du jour, et rester silencieux.

Sa voix était monocorde, comme à son habitude, et ne tremblait pas. Tous les éléments étaient réunis pour me persuader que toute cette histoire était une mauvaise blague. Peut-être que ma mère préparait une fête, et voulait me faire une surprise ? Elle m'avait dit de faire attention, et pour le moment, nous n'avions croiser aucun étranger barbare sur le chemin.
Alors, comment expliquer les affrontements sur le port ?
Je commençais à fouiller dans le sac, mais il n'y avait aucune nourriture. J'ai alors levé les yeux vers mon père qui, face à un grand chêne, ne me regardait pas. Bien évidemment, il attendait que je me lève pour le rejoindre.

- Suis-je obligée ?

Son silence signifiait que oui.

Je me redressa, secoua ma robe pour enlever toute la poussière qui s'y était accumulée. Je ne voulais pas le faire, mais c'était la seule solution pour ne pas mourir de faim. Je me positionnais de la même façon dont se tenait mon père, face au chêne, et posa mes mains sur l'écorce sombre. Mon cœur battait à tout rompre. Maman ne m'obligeait jamais à utiliser mes pouvoirs.

- Je n'ai pas assez de force pour le faire, m'indiqua simplement mon père, comme si il avait lu dans mes pensées.

Pourquoi a t-il fallu que je naisse femme ? C'est la question que je me posais à cet instant. Je n'avais jamais remis en cause mon genre avant de me retrouver dans cette situation.
Je ne pouvais pas faire autrement. Je n'allais pas laisser mon père mourir de faim.

Mes mains étaient toujours posées sur le chêne. Peu à peu, je sentais mon sang se réchauffer dans mes veines, et, même si je n'avais pas très faim, mon appétit diminuer en un temps record. La sensation que me procurait les racines du grand arbre était indescriptible. Une force... une sensation de résurrection, tel le phénix qui renaît de ses cendres.

J'ai attendu un bon moment avant de me retourner vers mon père. Ça faisait un long moment que la pierre m'avait déjà nourri. La pierre, seules les femmes peuvent maîtriser l'étendue de ses pouvoirs. La pierre, elle est au centre de tous les arbres de la forêt, de toutes les montagnes du pays, au fin fond des océans qui entourent notre île.
Et la pierre est et était autour de mon cou.
J'essayais de me concentrer sur autre chose, sur une image positive avant de devoir ressourcer mon père. Le bruit d'un petit animal dans les buissons. Le bruit que faisais les feuilles tapissant le sol quand je marchais dessus. La sensation de l'écorce contre mes doigts. Je voulais me rattacher à quelque chose avant de devoir faire ça.

Le soleil tapait dans mon dos, mais je tremblais, et mon père le voyait bien. Enfermé dans son mutisme habituel, il ne fit aucune remarque. Il ne prit pas la peine de s'excuser. D'habitude, c'est ma mère qui le nourrit.
Papa s'agenouilla près de moi, faisant pratiquement ma taille quand moi, j'étais debout. Son visage se rapprochait dangereusement du miens, comme si il s'apprêtait à m'embrasser. Mais, au lieu d'enfoncer ses canines dans mes lèvres, il décida de mordre mon cou, blanc et frêle, qui se mis à saigner à peine ses dents l'eurent-il frôlé.

Les larmes me montaient aux yeux et je ne m'empêcha pas de les laisser couler. Tout cela n'avait aucun sens. Je ne suis pas maman. Papa a une nourrice, et elle devrait être avec nous.
En revanche, je réussi à retenir ma langue. Je ne pouvais pas hurler. Mon père l'avait dit simplement, n'avait pas insisté sur la question, mais je comprenais que je devais suivre cette indication à la lettre si nous ne voulions pas nous faire remarquer.

Rester silencieux.


J'ai serré les dents. Quand mon père eut fini de se nourrir, il se remit debout. Sa bouche était tâchée d'un liquide noir et visqueux, qui continuait de gicler de mon cou. Son visage était humide, sûrement mes larmes ayant coulé le long de sa mâchoire.
Il s'essuya la bouche avec le tissus de sa chemise de lin, et je l'imita, portant les manches de ma robe  jusqu'à mon cou, pour essuyer le liquide. Mon liquide. Mon sang.

Papa enleva sa veste et la disposa en dessous de l'arbre, et me fit signe de m'y asseoir, ce que je fis aussitôt. La tête me tournait, et il est conseillé aux femmes de s'asseoir un moment après avoir nourrit un homme. J'essayais de me convaincre qu'il ne faisait pas ça pour me faire mal, et que j'étais tout simplement plus puissante que lui. Je flattais mon ego pour ne pas être effrayée par mon propre père. Pourtant, je ne ressentais que du dégoût pour cet homme qui ne m'avait jamais témoigné de réelle affection.

- Où est maman ? J'osais demander d'une petite voix, tant dis ce qu'il était debout, silencieux, inspectant les alentours sans bouger d'un poil.

- À la maison.

- Qui étaient ces hommes, sur le port ? Que nous veulent-ils ?

Pas de réponse.

- Est-ce qu'ils ont tués maman ?

Alors, mon père fit un geste qu'il n'avait jamais fait auparavant, même quand j'étais encore petite fille.
Il se laissa tomber près de moi. Son visage ne trahissait aucune émotion, mais je le savais démuni. Il s'approcha de sa fille a qui il n'avait pratiquement jamais parlé, et prononça son nom. Deux fois.

- Cerra.

- Est-ce que maman est morte ?

- Cerra.

Il passa son bras autour de mon épaule tant dis ce que je me recroquevillais dans les bras de cet homme qui avait toujours était un inconnu à mes yeux.
Maman était morte. Ils – ces étrangers – allaient nous chercher, nous trouver, et nous tuer.
La douleur de la morsure m'avait arraché des larmes, mais ce n'était rien comparé au torrent qui sortait de mes yeux, alors que mon père commençait à pleurer à son tour, silencieusement et dignement, sans prononcé autre chose que mon prénom.
Depuis ce jour, je n'ai jamais pleuré à nouveau.

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Vavaveau
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Dim 8 Avr 2018 - 23:40
On se rappelle du fameux "fiat" qu'on voyait par-ci par-là Lady, t'en fais pas

Je n'ai rien à dire de plus que les deux madames du haut

Mais j'aime bien l'idée ! Je vois où tu veux en venir, mais je pense que Linette t'as donné les meilleurs conseils pour arrivé à un résultat bien meilleur Wink

____________________________

Psst...:


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Queenie
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Lun 9 Avr 2018 - 7:23
Merci les filles pour vos conseils. <3 et non je ne suis absolument pas vexée au contraire, je suis contente de pouvoir m'ameliorer.
Je vous répond ce soir ! Smile
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 10 Avr 2018 - 0:00
@Vavaveau a écrit:On se rappelle du fameux "fiat" qu'on voyait par-ci par-là Lady, t'en fais pas
Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. mrgreen

Du coup Tylda j'ai lu le prologue de ta nouvelle histoire. Je me demande juste : la précédente, celle un peu plus fantastique dont les chapitres se trouvent dans le premier message, tu ne la continue plus ? J'avoue que j'avais plus accroché à celle-ci, j'aurai bien aimé lire la suite.

L'intrigue de ton nouveau roman est originale mais je ne suis pas complètement rentré dans le prologue. Pardon je ne sais pas comment reformuler ça autrement, mais je le trouve un peu brouillon par rapport à ce que tu fais d'habitude, en particulier les premiers passages. Certes je comprends que tu veux laisser tes lecteurs dans le le flou mais là je trouve que c'est un peu trop et que ça se répercute sur ton style d'écriture que pourtant j’apprécie en temps normal mais là malheureusement, moins.

____________________________
Je suis géniale et Moshine est mon esclave:



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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Sam 28 Avr 2018 - 12:02
Je vais vous répondre très bientôt !!! Et également reprendre cette galerie en main et en être fière Very Happy
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Dim 27 Mai 2018 - 19:02
Coucou, juste pour vous dire que je compte reprendre l'écriture de La Reine de Pierre.
Est-ce poster ça ici vous intéresse toujours ? C'est grâce à vos conseils notament Rope et Lady que j'ai pu progresser Smile
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 29 Mai 2018 - 21:14
Coucou c'est re moi.
Je vais bientôt modifier le premier post et faire une grosse récap mais ça demande un peu de temps puisque je prépare les images et qu'en suis je vais devoir envoyer les modifications à un modo, puisque j'ai supprimé mon ancien compte qui possédait cette galerie.
Pour les personnes qui ne se souviennent pas, n'ont jamais lues ou veulent tout simplement relire par plaisir les premiers chapitres de l'histoire, les voici ! :


Chapitre 1:

Stirn
14 Juin 1506, Château de l'Aube,  Manes

- Je pense que ce sera tout pour aujourd'hui.

Ma voix est dénuée de chaleur et mon ton et sec. Je n'ai jamais aimé participer aux conseils du royaume en l'absence de mon époux. Les hommes présents dans la salle me vouent une haine sans égale et si je n'ai pas peur d'eux, je me sens tout de même mal à l'aise à leur côtés. 
La pièce est éclairée de bougies. Les fenêtres ne nous offrent que la clarté de la lune : cela fait maintenant quatre heures que le conseil a débuté et la Capitale est déjà endormie.
Je suis installée sur le trône du Roi, comme toutes fois où c'est moi et uniquement moi qui préside l'Assemblée. Autour de la longue table en chêne, les conseillers se lèvent. Le bruit du frottement de leurs sièges contre le sol humide m'insupporte. Si le Roi avait été présent, ces hommes seraient sortis de la salle silencieusement après lui avoir accordé une humble révérence. Aujourd'hui, ils se contentent de s'abaisser rapidement devant moi et de sortir sans un mot de plus.

Je rejoint donc mes appartements sans prendre la peine d'adresser la parole à mes dames de compagnie qui me suivent au pas de course dans les couloirs du château de l'Aube.
Je suis exténuée par cette journée. Ce matin, alors que j'étais toujours dans mon lit, un message est arrivé du front. La lettre venait de mon mari. J'aime son écriture et la façon dont il m'écrit : bien que grand nombre de ses actes soient moralement douteux, il m'écrira toujours de sa propre main, manière chevaleresque d'un homme à son épouse.
Mais le contenu du message avait tout pour me déplaire. Son armée a perdu deux batailles consécutives et il ne peut m'assurer son retour avant le mois de Janvier prochain. Ce qui signifie donc que mon rôle de régente n'est pas prêt d'être terminé avant de longs mois.

Je laisse mes femmes de chambre me dévêtir et leur demande de sortir. Avant de me glisser sous les draps, je me pose devant la fenêtre de ma tour. Au loin, j'ai beaucoup de mal à distinguer la ligne d'horizon. J'ai entendu les servantes discuter de mon comportement. Ces idiotes s'imaginent que j'attends le retour du Roi. Notre couple produit un effet ridiculement romantique sur les jeunes femmes du pays. Toutes s'imaginent vivre l'idylle de la même manière que leurs monarques... Quel amour ? Quelle idylle ? Je n'ai jamais rien ressenti.
Ce que je guette, ce n'est ni le levé du jour, ni mon époux. J'attends mon heure, voilà tout. Mon regard est porté à l'Ouest, sur la Terre lointaine où j'ai grandi : Idonis. À chaque fois que je suis face à cette direction, je fini par fermer les yeux. Et je repense aux événements qui ont changé ma vie.

Il fut un temps où je me croyais libre.
J'ai vécu les treize premières années de ma vie en paix. Je vivais dans la partie Sud d'Idonis, mon Île. J'étais l'héritière de la famille la plus riche qu'il soit : et pour cause, puis-ce que j'ai un jour été la fille de la Gouvernante du pays. Ma mère s'appelait Ema. Elle ne possédait pas le titre de Reine, car dans notre religion, la seule divinité qui existe est notre Déesse. Alors ma mère dirigeait le pays selon Ses volontés, sans abuser de ses pouvoirs. Notre famille était la famille de la Gouvernance depuis la nuit des temps. J'aurai du faire de même. J'aurai du devenir la Gouvernante à mon tour, et léguer mon statut à ma fille. 

En 1484, le vent a tourné et mon destin a changé.

Je me souviens bien du jour où l'armée d'Azaga, ce pays étranger dont je ne connaissais rien, est rentrée dans Agen. Je me trouvais dans la même position qu'aujourd'hui : dans ma chambre, regardant par la fenêtre. 
Je n'avais vu ni ma mère, ni mon père depuis des jours. Mes femmes de chambre ne voulaient pas que je sorte dans les jardins : j'étais recluse dans ma chambre. Déjà à l'époque, j'aimais observer le monde s'éveiller au delà de ma fenêtre. Comme je n'avais rien à faire, je lisais tranquillement durant de longues nuits, et le jour, je guettais les environs, je regardais femmes et hommes déambuler dans les rues de ma ville pour aller travailler. 
Ce jour là, quand j'ai posé mon livre et relevé la tête, il y avait des affrontements dans le port. Des centaines – non, des milliers d'hommes armés semblaient se battre. Je cherchais à voir plus de choses, mais une épaisse fumée m'en empêchait. Comment tous ces hommes, habillés si étrangement, aux armes si différentes des nôtres, avaient-ils pu débarquer sur mon Île, dans notre havre de paix et de tranquillité ?
Je ne sais pas comment je me sentais. Je pense qu'à l'époque, je ne le savais pas non plus. Le seul sentiment dont je me souviens, c'était ma curiosité débordante. Avais-je peur ? Étais-je confiante ?
Si les hommes avaient envahi le port, ils étaient forcément venus par bateau. Dehors, des gens hurlaient. Les bruits d'horreur me paraissaient bien proches. Était-il possible que d'autres hommes armés avaient pénétré la ville ?
Ma nourrice m'informa que ma mère allait venir me voir et que je n'avais pas le droit de sortir. C'est seulement après l'avoir supplié de m'en dire plus que la vieille femme me dit ce qu'elle savait.

J'ai entendu les domestiques en parler entre eux. Ils disent que deux armées différentes ont pénétré le pays. Les Deux Grandes, précisa t-elle.

Je ne savais pas grand choses des deux grandes puissances voisines, Stirn et Azaga. Jamais aucun étranger n'avait franchi nos frontières. Jamais personne ne s'était intéressé à nous. Nous vivions seuls, nous vivions très bien sans eux.

Que veulent t-ils ?

Je ne sais pas, me répondit-elle. Je sais seulement que l'armée qui a envahi Agen s'appelle A.. Aza.. Enfin, que les deux armées se sont séparé la moitié du pays. À l'heure qu'il est, l'autre Île doit être en train d'envahir le Nord.

Je suis restée dans ma chambre pendant des heures, silencieuse. Les bruits de combat étaient de plus en plus net. La fumée avait pénétré par les barreaux de ma chambre et je ne pouvais m'arrêter de tousser.

La porte a fini par s'ouvrir. Ma mère pénétra dans la pièce et, d'un signe de tête, fit sortir les femmes de chambre paniquées qui pleuraient silencieusement dans mes appartements.

Ma fille. Approche-toi.

Elle me prit dans ses bras. Je me souviens qu'elle possédait un parfum particulier, une fragrance différente de celles de chez moi. Hommes et femmes d'Idonis possédaient tous la peau claire, les cheveux noirs et les yeux verts. Ils étaient beaux. Ma mère était belle. Voilà ce que je me disais à cet instant.

Mère ?

Nous n'avons pas beaucoup de temps. Ma chère Cerra, nous allons devoir nous quitter. Je suis désolé, terriblement désolé. Des hommes armés arrivent d'un autre pays et viennent pour conquérir toute notre Île. Ce sont des barbares. Ils torturent, tuent et prennent des prisonniers. 

Notre armée pourrait peut-être les vaincre ?

La moitié de nos hommes sont déjà morts. Ils se rapprochent. J'ai passé les deux derniers jours dans la chapelle. La Déesse entend toutes les prières, mais n'a pas répondu à mon appel. Cet obstacle, c'est elle qui nous l'envoie.

Pourquoi nous ferait-elle ça ? Pourquoi venir nous tuer ?

Elle s'est approchée de la fenêtre à son tour. Je remarquais qu'elle ne tremblait pas : ma mère ne tremblait jamais. Elle se tenait droite et semblait sûre d'elle. Sa voix était calme. Son attitude rassurante me trompait : je croyais qu'elle détenait une solution pour que nous puissions continuer à vivre unis, elle, mon père et moi.

Nous n'avons plus beaucoup de temps, répéta t-elle. Écoute moi bien. Un cheval t'attend aux écuries. Ton père voyagera avec toi, et ce sera tout. Nous ne pouvons pas nous permettre d'augmenter le nombre de voyageurs, vous vous ferriez repérer. 

Pour..

Tu écoutera ton père quoi qu'il arrive. Si il vient à mourir, tu continuera seule. Tu es bonne cavalière : promet moi d'être rapide et toujours silencieuse. Ne parle à personne en chemin. Ne révèle pas ta vraie identité.

Pour aller où, Mère ?

À l'époque déjà, j'étais plus petite que la moyenne des femmes d'Idonis. Elle s'agenouilla près de moi et caressa mon visage du bout de son index. Ses yeux habituellement remplis de tendresse étaient désormais remplis de larmes qui n'osaient franchir ses paupières pour glisser le long de ses joues. Ou peut-être étaient-ce les flammes de la cheminé qui les faisaient briller autant ?

Ton père t'expliquera tout. Tu dois partir maintenant. Ton père portera ton bagage – trois robes seulement, nous ne pouvons pas nous permettre plus. Promet moi de ne pas m'oublier et de ne pas perdre ta foi, quelques soient les événements à venir. Je t'aime.

Elle avait toujours été pleine de bienveillance envers moi, mais elle ne m'avait jamais dit ouvertement qu'elle m'aimait. 
Démunie, je la regardais sortir de la pièce. J'étais totalement paralysée par la peur de l'inconnu, par la suite des événements. Ses mots se bousculaient dans ma tête, j'essayais de les rendre plus clairs, je voulais comprendre. 

Vite, me dit elle après avoir ouvert la porte.

Je jeta un dernier regard vers l'armée d'Azaga. Je n'avais plus le temps de rester là. Quelque soit le danger, je compris que désormais, je devais agir. 
Je franchi la porte, attendant sur le seuil avec ma Mère. Ses yeux ne brillaient plus. Avait-elle refoulé ses larmes où leur éclat du aux flammes avait-il disparu ?

Aux écuries. Prend ça.

Elle décrocha le collier qui ne quittait jamais son cou : une ficelle brodée d'or sur laquelle était accroché une pierre blanche. Puis je me suis élancée dans le couloir en direction des escaliers. Alors que je descendais les premières marches, j'entendis sa voix appeler mon nom.

Je ne la voyais plus, j'imagine qu'elle était toujours au seuil de ma porte. En fait, je ne faisais pas attention à ce genre de détails à l'époque. J'étais certaine de la revoir dans un futur proche. 
Je ne la voyais pas, mais je sentais sa présence.

Ce n'est pas de ta faute. N'oublie jamais ça.

J'ai attendu une éternité sur les marches d'escalier, jusqu'à ce que je sois sûre qu'elle était partie.
Puis j'ai repris mon chemin, sans me rendre compte que c'était la dernière fois que j'entendais sa voix.

Quand je rouvre les yeux, les flammes des bougies de ma chambre se sont éteintes. Mon esprit est tout aussi fatigué que mon corps, et je déteste ne pas y voir clair. Je me dirige doucement vers mon lit puis me glisse sous les draps. Une fois protégée par l'épaisse couche de tissus recouvrant ma peau, je me laisse allée au sommeil en gardant entre mes doigts le collier accroché autour de mon cou.

Chapitre 2:


Stirn

23 Juin 1506, Palais d'été,  Apas



Cela fait dix-huit ans maintenant que je me rend à Apas pour fêter la nouvelle saison.
Le Palais d'été est magnifique. Il s'agit certainement de ma demeure favorite. Sa construction a débuté il y a vingt et un an, lors de mon arrivée dans mon nouveau pays. Mon époux rentrait d'Idonis victorieux et plus riche que jamais. Il savait que sans moi et l'accord qu'il passa avec ma mère, il n'aurait jamais gagné la guerre. Alors que je cherchais à être la plus distante possible de mon nouveau mari, lui, voulait me prouver qu'il était digne de confiance et pouvait être un bon époux.

Il me remercia donc en faisant construire ce qu'il voulait être le château le plus magnifique au monde. Edmond disait à qui voulait l'entendre que le Palais allait être à l'image de ma beauté et de ma lignée. J'étais jeune et intimidée, je ne voulais pas de son affection ni de l'attention qu'il me portait. En l'épousant, je pensais vivre en sécurité dans un donjon où je n'aurais jamais l'occasion de sortir. C'est ce que j'aurai préféré. 

Il le fit ériger au Sud, là où le temps est particulièrement clément en comparaison avec les fortes pluies de la Capitale. 

Le trajet ne fut pas très long : Stirn est situé à mi chemin entre le Nord et le Sud et les chemins empruntés par le carrosse ne pouvaient être plus praticables. Lors de mon arrivée, le vingt et un au soir, je fus une nouvelle fois frappée par la magnificence des lieux et de l'édifice, entouré de grandes forêts de chênes centenaires et d'une rivière. Après notre mariage, Edmond la rebaptisa Cerra. La rivière de Cerra. 

Le granit du château n'est pas un granit ordinaire : il est rosé, parfois rouge selon la lumière du soleil. Sa taille est telle que nous pourrions facilement y loger tous les membres de la Cour et les familles des membres du Conseils. 

Fort heureusement, le Roi étant absent, je n'eus pas à emmener beaucoup de monde avec moi. Quelques dames de compagnies, mes enfants et leurs précepteurs suffisent amplement pour ces vacances de deux semaines.
Ici, je suis plus tranquille et plus reposée. Je veux profiter de mes enfants et passer du temps avec les jeunes princes et princesses. 

Parfois, vivre sans Roi à des bons côtés.

Mère, me dit Amédée. Pourrons-nous aller nous promener à cheval, demain ?

C'est la fin de la journée. Les garçons s'affrontent à l'épée dans jardin, Blanche est assise près d'eux en lisant. Quand à Bathilde, elle est restée alitée tout le jour durant, se plaignant de violents maux de tête, soit, comme d'habitude.

à condition que le temps soit clément et que vous vous teniez tous tranquilles au dîner.

Je ponctue ma phrase d'un regard appuyé envers l'aîné de la fratrie, Edward. Il ressemble déjà à un homme : ses boucles brunes tombent devant ses yeux, aussi sombres que ceux de son père. Il me dépasse déjà d'une demi-tête et sa carrure pourrait être comparée à celle d'un gladiateur des temps anciens. Pourtant, son comportement n'a rien d'adulte : il aime se bagarrer avec son frère, de cinq ans son cadet, et se sent en constante rivalité avec Blanche. Malgré ses seize ans, l'héritier de la couronne agit comme si il en avait dix de moins. 

Les enfants ont continué à jouer quelques temps.
J'ai rédigé des lettres tout l'après-midi, des lettres personnelles : hors de question pour moi de travailler à Apas. La majorité étaient adressées à quelques dames de la Cour qui me témoignaient une sympathie inhabituelle : là-bas, je suis respectée mais détestée par bon nombre de jeunes femmes amoureuses d'Edmond. 

Juste avant de partir pour Apas, j'ai justement reçu une lettre de sa part. Elle date d'il y a trois semaines. Le messager qui me l'a fait parvenir s'est montré particulièrement rapide : d'habitude, quand je reçois un billet venant d'un pays voisin, il met au moins un mois et demi à arriver. 
J'ai décidé d'emporter la lettre avec moi au Palais d'été pour la lire tête reposée et avoir plus de temps pour lui répondre. 

Cerra, mon aimée,

Son écriture est magnifique. Il n'y a aucune bavure sur le papier. Je l'imagine, le jour sur le champ de bataille pour guider ses troupes et le soir en train de m'écrire, éclairé seulement par une bougie et le clair de lune. Il y a des chances pour que ce soit le cas : il est si chevaleresque, comment pourrait-il en être autrement ?

Une terrible bataille a eu lieu il y a quelques jours. Pardonnez-moi de ne pas vous en avoir informé plus tôt : d'ailleurs, je ne sais même pas quand ce message vous parviendra. Enfin, si il vous parvient...
Je suis blessé à la jambe et ne peux plus me battre. Vous, et les enfants, priez en mon nom. 

Au fil de ma lecture, je sens mon cœur se serrer.
À Stirn tout comme à Azaga, hommes et femmes n'ont foi quand le Roi. C'est à lui nous devons nous adresser dans chacune de nos prières.
Je ne le prie pas. Le soir, juste après avoir prié auprès de la Déesse en laquelle je n'ai jamais cessé de croire, j'essaye de tout mon cœur de faire de même, en tentant désespérément de diviniser mon mari. C'est vraiment difficile. Ce n'est pas un Dieu : Edmond est un homme dont l'apparence ne surpasse pas celle des autres hommes et, même si la moitié du pays n'a pas accès à l'éducation, je suis sûre que quelque part il y a des hommes bien plus intelligents que lui. 
Il est juste né au bon endroit, au bon moment, mis au monde par la bonne femme, elle même mis enceinte par le Roi. Et ça aurait pu être n'importe qui d'autre. Alors, non, mon mari n'a rien de divin.

J'ai promis de vous revenir victorieux, alors comptez sur moi pour que cela soit le cas. Je pourrais très bien rentrer et demeurer auprès de vous durant ma convalescence : c'est de loin ce que je préférerais. Mais je ne puis être de retour misérable et estropié. Priez pour moi afin que je guérisse et je pourrais rentrer. Priez pour moi, croyez en moi. J'ai besoin de vous savoir de mon côté.
Je ne peux vous en dire plus car nous repartons bientôt au combat et je dois désormais m'entraîner à marcher de nouveau. 


« J'ai besoin de vous savoir de mon côté »... Je fronce les sourcils, malgré moi. Mon époux sait à quel point il a été difficile pour moi de devenir Reine en si peu de temps, mais je pensais qu'il avait confiance en moi. Visiblement, il n'est pas dupe, et il doit sûrement savoir que tous les mots doux que je lui glisse à l'oreille sont faux et surjoués.

Ne restez pas cloîtrée au château. Il ne vous arrivera rien si vous décidez de partir comme chaque année au Palais d'été. Mes gardes veilleront sur vous. Jamais l'armée de ce fou de Richard ne foulera nos terres. Enfin, tout cela, vous le savez. Vous n'avez jamais peur. 

Embrassez les enfants de ma part, et dites leur que je pense à eux chaque jour. N'oubliez pas de prier.

Edmond, votre Roi et fidèle époux.

La lettre semblait être terminée, mais il a réécrit quelque chose, tout au bout du parchemin. Son écriture est moins bonne, comme si il avait du écrire rapidement avant de partir.

Je vous veux, Cerra. Je me languis de vous chaque jour. Je suis impatient de vous retrouver.

Je sens le rouge me monter aux joues et chasse cette sensation d'un geste de la main, comme si mon mari se trouvait juste derrière moi et venait de me chuchoter ces quelques mots intimes.
Edmond est un homme très étrange. Il est très différent des hommes d'Idonis. Beaucoup plus... passionné. Il s'imagine être un personnage de roman, un chevalier, un Dieu : c'est comme ça qu'il se considère, mais est-ce réellement de sa faute ? S'il avait été le Gouverneur d'Idonis, il aurait été bien plus humble. Je ne peux pas lui en vouloir d'être parfois un peu trop imbu de lui-même. Après tout, il est le Roi, et presque le Roi du monde, si il me revient après avoir gagné la guerre.

Je ne pouvais pas l'apprécier. Une fillette de 13 ans ne peut pas aimer un inconnu, un étranger arrivant mettre des chaînes à sa terre natale. C'est impossible. Une jeune adolescente ne peut rien ressentir pour un homme qui lui vole son enfance dans le lit conjugal.
Mais moi aussi, je dois être une femme étrange. Car mes sentiments envers lui, eux, le sont.

Il n'a jamais cru un mot de ce que racontait mes ennemis lorsque l'on m'accusait d'être une sorcière, venue à Manes pour diriger le pays à travers mon mari. 
Il a de l'estime pour moi.
J'ai de l'estime pour un homme.. Et si il venait à mourir... 

Mon époux,

Votre lettre vient seulement de m'être arrivée. Nous sommes le vingt-troisième jour du mois de Juin. Comment vous portez vous ? J'ai prié pour vous, désormais je prierai pour le rétablissement de votre blessure.
Si vous ne pouvez vous battre, ne prenez aucun risque. On dit que Richard a envoyé des troupes vers le Nord : encouragez votre armée, guidez la, et rétablissez-vous. Quand vous serez remis sur pied, vous pourrez vous battre : et avec toutes les prières que vous recevez pour votre victoire, vous allez vaincre Richard une bonne fois pour toute.

Je me suis rendue au Palais d'été avec les enfants. Je n'ai pas pris de Cour : j'ai décidé qu'il était bon pour Edward d'être seul un petit moment. Peut-être qu'ainsi, il se remettra en cause. Son égoïsme est devenu maladif et je doute qu'il fasse un bon roi en étant si narcissique. Un Dieu se doit d'être humble.

Nous allons rester quelque temps puis repartir à Manes. Rien a signaler au pays : j'estime gérer la situation du mieux que je le peux. Ce n'est pas une situation enviable. Les gens me détestent ici. Il n'y a qu'à Apas où j'ai réellement la paix. Quand vous serez victorieux et que vous serez de retour à Stirn, je cesserai de me sentir étrangère dans un pays qui est pourtant le mien.

Encore une fois, prenez soin de vous. Vous gagnerez, j'en suis certaine.
Je vous désire tout autant que vous me désirez et vous attend chez vous. Venez au plus vite m'y retrouver.

Cerra, votre épouse.

- Comment va père, mère ? Me demande Blanche.

- Il est blessé. Priez pour lui.

Amédée et Edward se retournent vers moi et me regardent. Je n'ajoute rien de plus. Qu'est-ce que je pourrais dire d'autre ? Que leur père est peut-être mort et que je peux savoir où il se trouve actuellement ?


Nous prenons notre repas dans la plus petite salle de banquet. Bathilde nous a rejoints en retard, le visage sombre, la tête baissée. Je lui ai fait remarqué son retard, elle s'est excusée d'une toute petite voix et n'a rien dit depuis.

Qu'est-ce que vous lisiez, tout à l'heure, Blanche ?

Oh, un simple roman que j'ai trouvé dans la bibliothèque de Père. Un conte, me répond t-elle.

Votre père et le romantisme...

Edward s'esclaffe.

Les romans ne sont pas pour les femmes, dit-il. Ce n'est pas pour rien que très peu d'entre elles sachent lire.

Les ignorants ne le sont pas à cause de leur genre, réplique sa sœur. Tu en es la preuve vivante.

Garce, grince t-il.

Taisez-vous, tous les deux. Les pauvres n'ont pas d'éducation. Vous avez ce privilège, alors ne vous disputez pas pour une stupide question de genre. 

Edward regarde son assiette d'un air maussade et lève les yeux aux ciel, un tic qu'il tient de moi.

Ne le prenez pas mal, Mère, mais Apas est bien triste sans Père. Pourquoi ne pas avoir emmené la Cour ? Je me retrouve bloqué ici, loin de tout, avec comme seule compagnie un gamin de onze ans.

Amédée, qui mangeait bruyamment depuis le début du dîner, lâche sa nourriture. Ses yeux se remplissent de larmes.

Tu ne m'aimes pas, pleurniche t-il. Tu es méchant. Je n'ai rien fait.

Laisse-le, Ed', reprend Blanche avant que l'aîné ne réplique.

Plus personne ne parle le reste du repas. À l'image de mon peuple, ma famille est unie seulement quand Edmond est là pour régner, pour assurer la paix et l'autorité.


Une fois les enfants couchés, je peux à mon Tour me rendre dans la chambre royale. Sa grandeur et sa beauté m'a toujours intimidé quand je dois y résider seule. Mon mari a cependant insisté pour que nos appartements soient communs, jurant ainsi que jamais une autre femme ne partagera sa couche. Promesse qu'il a tenu deux ans. Désormais, que nous résidons à Apas ou à Manes, c'est lui qui partage la couche de ses maîtresses. Par passion, encore une fois. Peut-être croyait-il vraiment me rester fidèle et, vivant toujours au jour le jour, s'est-il réveillé un matin en désirant une autre femme.
Je me fiche éperdument qu'il me trompe. C'est un Roi, et un Roi prend des amants.
Ce qui me gêne, c'est les commérages qui se font sur mon passage et qui touchent mon égo bien plus que leurs stupides accusations de sorcellerie. Mon honneur est mis à mal à chaque fois qu'une femme se vente à la Cour d'avoir couché avec le Roi. Fière, je ne répond rien, je ne réagis pas, je fais comme si tout cela me passait au-dessus de la tête. 

J'ai les paupières lourdes et le cœur gros, mais je n'arrive pas à trouver le sommeil, trop perdue dans mes pensées pour m'endormir. La lettre d'Edmond m'a fait un drôle d'effet. J'ai la gorge nouée à le savoir à des milliers de lieux, sali de boue et de sang, dirigeant une armée décimée par cette guerre sans fin.
Des gens meurent à cause de moi.

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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 29 Mai 2018 - 21:14
Chapitre 3:






  • Père ?

    Nous avons galopé durant de longues heures, profitant de l'épaisseur de la forêt d'Agen pour nous cacher sous les arbres. C'est étrange comment ce décor apaisant contrastait avec la précipitation des événements. Au fil de notre traversé dans les bois calmes, je me rappelais des après-midis que je passais avec ma mère à galoper et à me ressourcer. Je n'arrivais pas encore à me dire que si, désormais, j'arpentais ces lieux, c'était non pas pour m'amuser mais pour fuir.

    Depuis notre départ de la maison, mon père n'avait prononcé ne serait-ce qu'un seul mot. Il n'a jamais beaucoup parlé. La seule personne qui connaissait sa voix par cœur, le poids de ses mots sur sa langue, c'était ma mère.  
    Mais nous étions partis, sans que je sache réellement pourquoi, et nous étions désormais à des dizaines de lieux de sa présence, maternelle et rassurante.
    J'avais beau l'interpeller, papa ne répondait jamais à mes appels. Je ne comprenais rien à la situation. Pourquoi ma mère m'avait-elle dit de fuir, pourquoi m'avait-elle parlé comme si nous ne nous reverrions jamais ? Tout était bien trop compliqué. C'est comme si une vague de brouillard était apparue dans mon esprit.  

    Nous avons traversé une petite rivière qui brillait avec les reflets du soleil. L'eau était aussi calme que les environs. Quelques heures auparavant, j'avais pu voir de ma fenêtre des hommes armés décimer les miens. Désormais, nous étions seuls, et les seuls bruits que je pouvais entendre étaient le chant des oiseaux et le courant de l'eau.

    Alors, je serrais le collier contre mon cou. J'avais l'impression que cette petite pierre marquait sa présence. Bien évidemment qu'elle était avec nous. Nous n'avions jamais été séparés, tous les trois. Ce cadeau voulait dire qu'elle pensait à moi, et qu'elle m'accompagnait lors de ce voyage qui allait me mener vers l'inconnu. Ema, ma très chère mère, était là, avec moi.
    Mon père prononça ses premiers mots depuis notre départ.

    - Arrêtons nous pour manger.

    Mon père était agile à cheval. Il glissa de l'animal si naturellement que je me surpris à croire que tout allait bien, que le monde n'était pas en train de s'écrouler. Sa prestance était la même que quand nous allions chasser ou nous promener aux alentours de la maison.  

    Papa accrocha son cheval, me fit signe de descendre et fit la même chose pour le deuxième animal, sur lequel mon maigre corps reposait depuis des heures.

    - Nous allons devoir nous arrêter pour un moment. Il y a bien trop de lumière, nos ombres vont nous trahir si nous continuons à bouger. Il va falloir attendre la tombée du jour, et rester silencieux.

    Sa voix était monocorde, comme à son habitude, et ne tremblait pas. Tous les éléments étaient réunis pour me persuader que toute cette histoire était une mauvaise blague. Peut-être que ma mère préparait une fête, et voulait me faire une surprise ? Elle m'avait dit de faire attention, et pour le moment, nous n'avions croiser aucun étranger barbare sur le chemin.  
    Alors, comment expliquer les affrontements sur le port ?
    Je commençais à fouiller dans le sac, mais il n'y avait aucune nourriture. J'ai alors levé les yeux vers mon père qui, face à un grand chêne, ne me regardait pas. Bien évidemment, il attendait que je me lève pour le rejoindre.

    - Suis-je obligée ?

    Son silence signifiait que oui.

    Je me redressa, secoua ma robe pour enlever toute la poussière qui s'y était accumulée. Je ne voulais pas le faire, mais c'était la seule solution pour ne pas mourir de faim. Je me positionnais de la même façon dont se tenait mon père, face au chêne, et posa mes mains sur l'écorce sombre. Mon cœur battait à tout rompre. Maman ne m'obligeait jamais à utiliser mes pouvoirs.  

    - Je n'ai pas assez de force pour le faire, m'indiqua simplement mon père, comme si il avait lu dans mes pensées.

    Pourquoi a t-il fallu que je naisse femme ?  C'est la question que je me posais à cet instant. Je n'avais jamais remis en cause mon genre avant de me retrouver dans cette situation.  
    Je ne pouvais pas faire autrement. Je n'allais pas laisser mon père mourir de faim.

    Mes mains étaient toujours posées sur le chêne. Peu à peu, je sentais mon sang se réchauffer dans mes veines, et, même si je n'avais pas très faim, mon appétit diminuait en un temps record. La sensation que me procurait les racines du grand arbre était indescriptible. Une force... une sensation de résurrection, tel le phénix qui renaît de ses cendres.

    J'ai attendu un bon moment avant de me retourner vers mon père. Ça faisait un long moment que la pierre m'avait déjà nourri. La pierre, seules les femmes peuvent maîtriser l'étendue de ses pouvoirs. La pierre, elle est au centre de tous les arbres de la forêt, de toutes les montagnes du pays, au fin fond des océans qui entourent notre île.  
    Et la pierre est et était autour de mon cou.
    J'essayais de me concentrer sur autre chose, sur une image positive avant de devoir ressourcer mon père. Le bruit d'un petit animal dans les buissons. Le bruit que faisaient les feuilles tapissant le sol quand je marchais dessus. La sensation de l'écorce contre mes doigts. Je voulais me rattacher à quelque chose avant de devoir faire  ça.

    Le soleil tapait dans mon dos, mais je tremblais, et mon père le voyait bien. Enfermé dans son mutisme habituel, il ne fit aucune remarque. Il ne prit pas la peine de s'excuser. D'habitude, c'est ma mère qui le nourrit.
    Papa s'agenouilla près de moi, faisant pratiquement ma taille quand moi, j'étais debout. Son visage se rapprochait dangereusement du miens, comme si il s'apprêtait à m'embrasser. Mais, au lieu d'enfoncer ses canines dans mes lèvres, il décida de mordre mon cou, blanc et frêle, qui se mis à saigner à peine ses dents l'eurent-il frôlé.

    Les larmes me montaient aux yeux et je ne m'empêcha pas de les laisser couler. Tout cela n'avait aucun sens.  Je ne suis pas maman. Papa a une nourrice, et elle devrait être avec nous.  
    En revanche, je réussi à retenir ma langue. Je ne pouvais pas hurler. Mon père l'avait dit simplement, n'avait pas insisté sur la question, mais je comprenais que je devais suivre cette indication à la lettre si nous ne voulions pas nous faire remarquer.

    Rester silencieux.


    J'ai serré les dents. Quand mon père eut fini de se nourrir, il se remit debout. Sa bouche était tâchée d'un liquide noir et visqueux, qui continuait de gicler de mon cou. Son visage était humide, sûrement mes larmes ayant coulé le long de sa mâchoire.
    Il s'essuya la bouche avec le tissus de sa chemise de lin, et je l'imita, portant les manches de ma robe   jusqu'à mon cou, pour essuyer le liquide. Mon liquide. Mon sang.

    Papa enleva sa veste et la disposa en dessous de l'arbre, et me fit signe de m'y asseoir, ce que je fis aussitôt. La tête me tournait, et il est conseillé aux femmes de s'asseoir un moment après avoir nourrit un homme. J'essayais de me convaincre qu'il ne faisait pas ça pour me faire mal, et que j'étais tout simplement plus puissante que lui. Je flattais mon ego pour ne pas être effrayée par mon propre père. Pourtant, je ne ressentais que du dégoût pour cet homme qui ne m'avait jamais témoigné de réelle affection.

    - Où est maman ? J'osais demander d'une petite voix, tant dis ce qu'il était debout, silencieux, inspectant les alentours sans bouger d'un poil.

    - À la maison.

    - Qui étaient ces hommes, sur le port ? Que nous veulent-ils ?

    Pas de réponse.

    - Est-ce qu'ils ont tués maman ?

    Alors, mon père fit un geste qu'il n'avait jamais fait auparavant, même quand j'étais encore petite fille.
    Il se laissa tomber près de moi. Son visage ne trahissait aucune émotion, mais je le savais démuni. Il s'approcha de sa fille a qui il n'avait pratiquement jamais parlé, et prononça son nom. Deux fois.

    - Cerra.  

    - Est-ce que maman est morte ?

    - Cerra.

    Il passa son bras autour de mon épaule tant dis ce que je me recroquevillais dans les bras de cet homme qui avait toujours était un inconnu à mes yeux.
    Maman était morte. Ils – ces étrangers – allaient nous chercher, nous trouver, et nous tuer.  
    La douleur de la morsure m'avait arraché des larmes, mais ce n'était rien comparé au torrent qui sortait de mes yeux, alors que mon père commençait à pleurer à son tour, silencieusement et dignement, sans prononcé autre chose que mon prénom.
    Depuis ce jour, je n'ai jamais pleuré à nouveau.



Chapitre 4:

Stirn
29 Juin 1506, Palais d'été,  Apas

Une semaine est passée depuis que le messager est parti du Palais d'Été pour mener ma lettre à Edmond. Je n'ai rien reçu depuis. Pour lutter contre mes angoisses, j'arpente les couloirs du Palais chaque jour en essayant de me changer les idées. Il pleut depuis quelques heures et mes enfants sont tous cloîtrés dans leur chambre, préférant être seuls plutôt que de jouer ensemble comme le ferait n'importe quel personne de leur âge.
Peut-être ont-ils aussi peur que moi à l'idée de se retrouver privés de leur père, en danger dans un pays dont l'armée a été décimée  ? J'ai beau tenter de ne pas y songer, l'idée qu'Edmond soit blessé m'empêche de dormir  : si il venait à mourir, et si Stirn ne gagnait pas la guerre, mon plan tomberait aux oubliettes et jamais je ne pourrai réaliser mon ambition secrète.

J'ai passé beaucoup de temps auprès de Blanche, plus qu'avec ses frères et sœurs  : c'est elle que j'ai choisi pour mener à bien ma mission. Elle est la digne petit-fille de ma mère et le sang Idonien coule dans ses veines. De nombreuses fois j'ai tenté de lui parler de ses origines, de ses pouvoirs, de la pierre que je porte autour de mon cou et qui me permet de continuer à me nourrir même loin de ma terre d'origine. J'ai essayé de lui expliquer la façon dont son propre père lui a mis des chaînes. Je voulais la rassurer face au comportement d'Édouard, lui promettre que son règne à elle sera bien plus prestigieux. J'avais l'intention de lui dire tout ça il y a déjà bien des années, mais je n'en ai jamais trouvé la force. Comme si, pour pouvoir lui montrer sa destiné, je cherchais une ultime raison de le faire. Comme si je devais être certaine de la stabilité de mon plan.
Mais peut-on réellement parler de stabilité quand on sait ce que Stirn et Agaza ont fait à Idonis  ?
Ai-je le droit d'hésiter alors que c'est pour ça que ma mère s'est battue durant tant d'années  ? 

Quand mon époux est à la guerre, j'ai ce poids là en moins sur les épaules. Je peux réfléchir seule, sans être influencée par son comportement passionnel. Mais, quand nous sommes ensembles, j'ai toujours l'impression d'être une traîtresse. Toujours l'impression d'être trop ambitieuse.

Pourtant, je le sais. Je le savais déjà en le rencontrant pour la première fois.
Un jour ou l'autre, il paiera pour ce qu'il a fait.
Ils paieront tous.

Blanche m'a sorti de ma rêverie en entrant dans ma suite en courant, sans frapper ni fermer la porte derrière elle. Je brodais une longue fresque, accompagnée de mes femmes de chambres, terrées dans le silence que je leur imposais. J'ai fais les gros yeux à ma fille qui aurait pu se montrer plus délicate en entrant dans la pièce  : mais elle n'a rien remarqué, trop occupée à chercher la manière de m'annoncer ce qui allait suivre.

– Mère. Excusez-moi de vous déranger, mais Édouard s'est mis en tête qu'il allait rentrer à Manes et il est déjà sur son cheval en train de donner des ordres aux domestiques. J'ai pensé que vous prévenir était une bonne chose.

– Ce n'est pas à lui de décider quand il peut rentrer.

– J'ai essayé de lui expliquer, mais il ne m'écoute pas. Il...

Je n'ai pas le temps d'entendre la suite  : je descend les escaliers si rapidement que mes chaussures n'ont même pas le temps de faire du bruit quand elles martèlent le sol. J'entends Blanche qui descend les escaliers à ma suite. À peine suis-je arrivée à l'entrée du Palais que la voix forte de mon aîné me parvient aux oreilles.

– Dépêche toi, imbécile. Nous allons rater toutes les festivités.

– Quelles festivités  ?

Édouard retourne son cheval vers moi et m'adresse un sourire mesquin. Amédée, quand à lui, pâli sous mon regard froid avant de s'incliner. Pas son frère. 
Les portes sont ouvertes alors que je n'en ai jamais donné l'accord.

– Ah, mère, dit-il d'un ton égal. Père ne vous a donc pas prévenu  ? 

– Je pose les questions, vous obéissez, et il en sera toujours ainsi. Quelles festivités  ?

Le sourire narquois d’Édouard s'efface pour laisser place à une grimace de mécontentement. Il n'a jamais eu l'air aussi puéril qu'en cet instant. Je suis fatiguée de son comportement. Arrogant et stupide. J'essaye d'apaiser le sentiment de colère qui m'envahit : il n'en sera que plus influençable au moment venu.

– Père est entré au pays le temps de sa guérison et il retournera sur le champ de bataille dès qu'il sera en état de se battre. La Cour fête son retour et moi, je n'en peux plus de moisir ici. Il nous demande de le rejoindre au plus vite afin de le voir.

– Alors pourquoi ne m'avez-vous pas prévenu directement  ? 

C'est bon, son sourire est de retour. Il n'a rien d'innocent.

– Je pensais que vous seriez la première au courant. Visiblement...

– Descendez de ce cheval immédiatement. Dans vos chambres. Personne n'ira nul part. Et j'ordonne les fermetures de ces portes.

Amédée s'exécute aussitôt et disparaît à l'intérieur du Palais. Édouard, quand à lui, prend tout son temps pour descendre de l'animal et s'approche de moi en essayant d'être menaçant.
Raté.
Nous sommes tous les deux face à face, et personne ne dit rien. Je ne baisserai pas les yeux  : je ne lui ferai pas ce privilège.

– Vous feriez mieux d'arrêter de vous comporter ainsi, Edouard. Vous n'êtes pas encore Roi. Vous êtes encore moins un Dieu.

Stirn
2 Juillet 1506,  en chemin vers la capitale

Nous voyageons depuis deux jours maintenant. Le lendemain de mon altercation avec Édouard, j'ai annoncé aux enfants que nous partions dans l'après-midi. La seule qui avait vraiment l'air déçue était Bathilde, qui, certes, avait passé les vacances enfermée dans sa chambre, mais qui supportait encore moins demeurer au Château de l'Aube et de sa Cour bruyante et infernale.
Moi aussi, j'ai le cœur serré à l'idée de rentrer dans la Capitale, et pour les même raisons. Mais je ne dis rien  : pourquoi montrer ma faiblesse aussi inutilement  ?

Par chance, le temps est de nouveau clément et les routes, comme à l'allée, sont praticables. Parfois, je me glisse auprès du cavalier tirant notre cortège pour pouvoir profiter du paysage. Les routes sont moins escarpées que dans mon pays. Enfin, je pense qu'elles le sont. Plus les années passent, plus mes souvenirs sont imprécis, improbables. Comment les feuilles des arbres pouvaient-elle êtres aussi turquoises  ? Comment les femmes avaient-elles toutes accès à une éducation correcte et à un certain respect n'existant pas en ces lieux  ?
Certaines de ces pensées sont fantasques, bizarres, mais pas déplaisantes. Pourtant, il y aurait bien des choses que j'aimerai oublier.

– Mère  ?

C'est la voix d'Amédée qui me tire de ma rêverie. Je me retourne vers lui et caresse son visage du bout des doigts. Je viens seulement de me réveiller d'une courte sieste et j'ai l'esprit encore ailleurs  : qu'il profite de cet instant de tendresse, car il est rare que je témoigne mon affection envers n'importe lequel d'entre eux quatre. Même Blanche n'a pas ce traitement de faveur.

– Oui, Amédée  ?

– Père est-il grièvement blessé  ? Je veux dire... Il ne quitte jamais le combat. Est-ce grave  ? 

– Je l'ignore encore. C'est sa jambe qui est touchée  : s'il ne peut plus marcher, il ne peut pas non plus guider ses troupes. Je pense qu'il est bon pour lui de venir se reposer.

– Se reposer en organisant des fêtes  ? Demande Bathilde d'une voix aussi rauque que celle de son père.

À vrai dire, je pense exactement la même chose que ma fille sur ce point. Mais, contrairement à elle, je ne me pose pas de question  : après tout, Edmond est un Dieu. Il a besoin de se sentir célébrer et le peuple ferait n'importe quoi pour l'honorer. 
Ça, je ne peux pas lui dire sans avoir l'air trop sarcastique. Tout comme je ne peux pas dire à Amédée que j'ai moi même conseillé à son père de prendre du repos et de ne prendre aucun risque. Je ne pensais pas qu'il allait suivre mon conseil autant à la lettre.

– Vous devez avoir hâte de le revoir, Mère, me dit Blanche en souriant.

Je la regarde, puis reporte mon attention sur le paysage, cherchant désespérément a paraître neutre.
Mes enfants ont pour habitude de ne pas toujours obtenir des réponses de ma part. Je ne compte pas m'exprimer sur ce sujet. Pourtant, au fond de moi, cette question je me la pose depuis que j'ai appris le retour de mon époux au pays  : ai-je hâte de le retrouver  ?


À un moment, ce que redoutait mon père a fini par arrivé. Nous galopions depuis déjà deux jours, je puisais ma force et ma nourriture dans les arbres mais rien ne pouvait guérir le vide qui s'imposait en moi. J'avais pu échanger quelques mots avec mon père, des phrases banales. Rien qui concernait notre fuite ni les dernières paroles de ma mère. Je me contentais d'obéir. Nourrir mon père devint une habitude et je ne me fatiguais plus à pleurer. La marque de morsure s'effaçait. Pas la blessure qui était apparue en même temps que mon innocence prit fin.

– Fouillez tout. Personne ne doit nous échapper.

Une chance que ma mère eut autrefois à cœur de m'apprendre la langue la plus répandue dans l'Archipel  : l'Élata.   L'accent de l'homme qui avait parlé m'était étranger, mais ces quelques mots suffirent à m'alerter. Il fallait nous cacher. Et vite.
Mon père descendit de son cheval sans hésiter. Il m'attira contre lui et me souleva à mon tour de l'animal avant de se mettre à courir. Il était rapide, comme tous les hommes de notre pays, et ses pas étaient silencieux. Blottie entre ses bras minces, je ferma les yeux. J'entendais des bruits, des voix, des grognements. Les étrangers nous encerclaient. Mes doigts s'enfoncèrent dans la chemise de mon père, et je me me mordit les lèvres jusqu'au sang pour ne pas me mettre à pleurer.

Après avoir couru pendant une quinzaine de minutes, mon père me relâcha sur le sol, essoufflé. Il avait toujours été plus faible que les autres hommes – trop mince, trop fragile, trop timide. Pourtant, il n'avait pas hésiter à me prendre dans ses bras au lieu de fuir comme un lâche. Il aurait pu. Dans cette situation alarmante, je redécouvrais mon père. 
Je lui tendis une nouvelle fois mon cou et il se rua sur lui. Il se nourrit de toutes mes forces. J'avais l'impression de ne plus pouvoir tenir debout – et, juste avant de vaciller, il me ramena contre lui et m'agrippa au niveau de la taille pour me faire grimper dans l'arbre, face à nous.

– Grimpez là-haut et ne bougez plus. Restez ici jusqu'à ce que je vous donne l'ordre de redescendre. Ne leur laisser pas la chance de vous avoir, Cerra. Vous êtes la pierre la plus convoitée du pays.

– De quoi parlez-vous  ?

– N'oubliez pas de prier. Nourrissez-vous du collier de votre mère. Il contient assez d'extrait de d'Inis pour vous faire tenir. 

J'entendais sa voix marteler les instructions derrière moi. Mes bras me faisaient mal et mes jambes refusaient d'agripper l'écorce du sapin aux feuilles bleues turquoises. 
Les voix se rapprochaient.
Mes doigts glissèrent contre la pierre et je récitais la prière. Celle des femmes d'Idonis.

Toi, Reine d'Inis et Mère d'Idonis
Nourri-moi de tes feuilles
Écoute mon supplice
Accepte mon pardon
Rend mon corps de fer
Fais de mon cœur une pierre

Toi, Reine d'Inis et Mère d'Idonis
Reprend ce que je cueille
Vois tout ce que je sème
Accepte ma prière
Pour égaler ton nom  
Je suis une Reine de pierre


Régénérée, je pu grimper jusqu'à la plus haute branche de ma cachette. En bas, mon père avait les yeux rivés sur moi.

– Vous êtes la fille de la Régente. N'oubliez jamais ça. Votre sacrifice est à l'image de votre grandeur.

Et il disparut derrière les feuilles. Sans que je puisse lui dire au revoir. Sans que je puisse savoir où j'étais, quel était mon sacrifice, ce que je devais faire et où je devais aller.
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 29 Mai 2018 - 21:18
Merci de bien vouloir excuser ces nombreux posts à la suite mais je ne peux pas mettre tous les chapitres dans le même post car le nombre de caractère autorisé est inférieur à celui de l'ensemble de l'histoire.

Voilà donc le chapitre 5 après presque un an  Ce n'est que la première version, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez pour que je puisse m'améliorer et au besoin modifier un peu. Bonne lecture !
Chapitre 5:


Stirn
8 juillet 1506, Château de l'Aube,  Manes

Je suis de nouveau dans ma chambre, ma vraie chambre. Et dire qu'il y a quelques semaines, je rêvais de tous ces souvenirs qui ont remués les moments monocordes de ma vie et qui m'ont bercés quand l'angoisse, quant à elle, m'empêchait d'y voir clair.
Avant de partir pour le Palais d’Été, je croyais que rien ne pouvait être plus angoissant que d'attendre des nouvelles d'Edmond. Alors que mon regard est de nouveau posé sur la ville qui s'étend autour de ma demeure, un mauvais pressentiment s'empare de mon cœur. Et cela n'a rien à voir avec mon époux, que je dois retrouver dans quelques instants pour la première fois depuis des mois.
Nous sommes arrivés il y a deux heures environ, pour midi, par l'entrée secondaire du château. La tradition est stricte sur ce point  : personne, même une Reine ou un Prince, ne peut interrompre le repas d'un Roi. Le monde pourrait être en train de s'écrouler que la Cour serait toujours en train de déguster des plats d'un luxe provocant en riant autour des derniers potins qui agitent la ville.
J'ai profité de ces deux dernières heures pour me reposer un peu après un voyage épuisant. Puis, sans vraiment faire attention à ce que je faisais, j'ai pris un bain parfumé, préparé par mes femmes de chambres. Elles ont tressées mes cheveux qui retombent désormais en une pluie de boucles dans le bas de mon dos et m'ont également aidé à me vêtir. J'ai troqué mon habituelle robe noire pour une toilette violette, parsemée de fils dorés, les manches évasées et la taille cintré.
Il est rare que je porte une coiffe, mais aujourd'hui, j'ai décidé de porter l'un de mes plus beaux diadèmes. La femme pomponnée et coquette que je vois dans le miroir est sûre d'elle, féroce, royale. Personne ne peut défier quelqu'un avec une telle prestance. Bien évidemment, Edmond aimerait sûrement voir une biche effarouchée, quand je pénétrerai dans la Grande salle. Rien ne lui apporte plus de satisfaction que d'étaler nos grands élans de passion devant des centaines de personnes, se délectant du moindre de nos faits et gestes. Cet homme vit pour le drame et l'image qu'il renvoie. Je n'ai jamais su si cette habitude n'était qu'une facette de sa futilité attachante ou un comportement normal pour quelqu'un se considérant être Dieu.

– Lily, avez-vous observé un comportement étrange chez les gens de la Cour depuis le retour du Roi  ?

– Et bien... murmure ma jeune servante en rougissant. Les gens disent beaucoup de choses. Ils discutent à voix basse.

Je souris. Elle ne m'apporte rien, mais je ne dois pas commencer à montrer mon inquiétude. Je veux être sûre de l'effet que je produirai en rencontrant mon époux.

– Les commérages de la Cour, je dis simplement. J'ai terminé. Vous pouvez disposez.

Une demi douzaine de jeunes femmes me font une révérence polie et sortent de la pièce. Pendant un instant, je me dis qu'elles sont peut-être mes seules alliées ici, mais je chasse cette pensée aussi vite qu'elle s'est imprimée dans mon esprit. Je serre le collier de ma mère entre mes doigts. Je ne dois pas me laisser distraire.


– Sa Majesté la reine Cerra de Stirn et de la Contrée et Ses Altesses Royales les princes et princesses Edward, Blanche, Bathilde et Amédée Diexus.

Les grandes portes du palais s'ouvrent pendant la traditionnelle déclamation de Rinak Saven, l'un des plus proches conseillers du Roi. Autour de moi, les hommes et femmes les plus influents du pays se donnent à une révérence des plus solennelles. Cette dévotion pour leur Reine n'est que façade. Dès mon arrivée ce matin j'ai su qu'une nouvelle croustillante était sur toutes les lèvres de ces vautours. Je me doutais bien que cette dernière concernait moi, Edmond, et notre lit conjugal.
Alors que j'avance d'un pas égal dans la pièce la plus majestueuse du château, je ne peux m'empêcher de regarder autour de moi. En cet instant, mes yeux sont ceux de la petite fille que j'ai été. Les murs de pierres s'étendent à l'infini au dessus de ma tête, les arches gothiques des plafonds subliment ce qui pourrait être une cathédrale. Les rosaces qui décorent les alentours sont peints de rouge et d'or, couleurs des armoiries de mon mari. Quand aux vitraux, ils illuminent, grâce au Soleil bien haut aujourd'hui, le sol dallés sur lequel je m'avance.

Je crois que je perd un temps fou à regarder mon bien, mon château. Tous ces détails que je connais par cœur retarde un moment que j'appréhende, celui où mes yeux se poseront sur mon Roi. Mais le chemin fini bientôt d'être parcouru, et, devant les marches menant au Trône sur lequel Edmond demeure, c'est à mon tour de m'abaisser devant lui. Le tissus de ma robe s'étend sur le sol alors que je le révérence, et mes yeux peuvent enfin se poser sur lui.

– Votre Majesté. Je suis enchantée de vous revoir parmi nous.

Je reste au sol, c'est le protocole. Je vois un large sourire se former sur les lèvres de mon époux. Il est là, devant moi, renversant. Ses yeux sombres me dévisagent de haut en bas, aussi malicieux qu'au premier jour. Ses cheveux bruns sont parfaitement en ordre, sa posture et digne d'une statue de marbre, son teint aux reflets basané est le même que d'habitude et, si on ne compte pas une plaie qui s'étend du haut de sa joue droite à son menton, l'attitude de cette homme n'est en rien celle d'un guerrier venant de quitter le champs de bataille.

Quelle idiote j'ai pu être, de le croire mort. Il est là, il est là. Je réalise seulement maintenant tout ce que cela signifie.

– Cerra, ma reine, enfin, dit-il de sa voix forte, pleine de douceur et de malice.

Je ne peux m'empêcher de le dévisager, et en cet instant je me rend compte à quel point il doit être difficile pour les membres de la Cour de ne pas le dévisager quand il se trouve dans la même pièce. Il m'hypnotise et la Déesse sait à quel point il me coûte de le penser.
Le silence plane dans la salle. Dans mon champs de vision j'aperçois mes enfants, près de moi, qui attendent la bénédiction du Père. Tout le monde observe, les yeux sont partout. Notre échange de regard ne passera pas inaperçu. Edmond se lève en s'accrochant à l'accoudoir du siège royal. Je ne vois aucun bandage autour de sa jambe blessée, et pourtant, il boîte. Comment a t-il pu refuser d'être bandé, simplement pour sauver son image  ? Je dois y remédier au plus vite. Dès que nous serons de retour dans nos appartements, je ferai en sorte que cette blessure soit pansée, et vite.

– Je vous béni, Cerra Diexus.

Je suis habituée à ce que mon prénom soit associé à son nom. Je suis également habituée à la façon dont il descend son regard sur ma silhouette au sol pour poser ses mains autour de mon visage. Puis ses doigts viennent recouvrir mes yeux, quelques instants seulement.

– Chers fils, chères filles. Qu'il est bon de vous voir. Je vous bénis.

Et c'est ainsi que cette cérémonie chevaleresque prend fin. J'ai longtemps été réticente face à toutes ces traditions barbares qui n'ont rien à voir avec celles de ma terre natale. Et puis, le temps et la désillusion eurent raison de moi. Même si demain Edmond décidait de créer un nouveau rituel ridicule, je ne pourrai l'en blâmer. Si mon amour pour lui laisse à désirer, mon respect durement acquis demeurera toujours l'élément caractérisant le mieux notre relation.

Edmond lève les yeux sur les personnes se trouvant dans la salle, et, abordant un sourire plus décontracté, il frappe dans ses mains et annonce  :

– Mes amis, il est l'heure de fêter le retour de la Reine.



Je suis assise sur le trône de la reine, se trouvant à un niveau inférieur de l'estrade royale. J'ai l'impression que ça fait des jours que je regarde les gens danser autour de moi. Edmond ne cesse de faire changer la musique, désirant d'abord un lute, puis une lyre, puis les choeurs de Son Eglise. Amédée et Blanche sont en train de s'amuser avec les autres enfants, Edward fait la Cour à chaque être féminin qu'il croise et Bathilde regarde les musiciens d'un air discret, à l'écart de la fête.

– Ne devrions nous pas faire revenir ce médecin de Triaël  ? J'ai l'impression que son état empire, je murmure à mon mari, les yeux toujours rivés sur ma dernière fille.

– Ce n'est que la maladie du jeune âge. Dans une décennie elle sera une princesse à l'égale de sa sœur. Même si, avant ça, elle doit détester tout et tout le monde. Cerra, vous ai-je dis que vous m'avez manqué  ?

– Trois fois déjà. D'ailleurs, pendant votre absence, j'ai réfléchi aux futurs de nos filles. N'est-il pas le bon moment de contracter une union de mariage entre Blanche et un prince étranger  ? Nous avons besoin du soutien des Ilpanake et je suis sûre qu'un heureux événement pourrait vous permettre de gagner cette guerre.


Sans doute. Ciel, votre parfum...

– Rose et thym.

– Rose et thym, c'est ça. Et bien, c'est aphrodisiaque.

– Regardez-le, Edmond. Edward ne sait pas se tenir. Son âge peut pardonner ses futilités décadentes, certes, mais il est totalement irresponsable. C'est toujours la guerre, et si vous mourrez demain, il deviendra Roi de Stirn. Il n'a en rien l'attitude d'un prince, comment pourrait-il être un Dieu  ?

– Mon aimée... J'ai là d'autres plans pour notre prince.

– Un autre plan  ?

C'est à ce moment là qu'une femme que je ne reconnais pas s'approche de l'estrade, les yeux fixés sur mon mari.
Là voilà, la cause de toutes ces messes basses. Son teint crémeux, ses longs cheveux roux plus lisses qu'une robe de soie, ses yeux étrangement mi-clôt ne peuvent appartenir qu'à une étrangère.

– Cerra, je ne vous ai pas encore présenté Lizzinka. Elle était la fille du propriétaire qui logeait notre armée à Vinad.

– Etait? Je demande en toisant la jeune fille devant moi, qui ne baisse pas les yeux pour autant.

– Mon père est mort durant l'attaquée, Votre Majesté, m'explique t-elle d'une voix claire et, ce qui m'étonne le plus, sans aucun accent. Notre château a été incendiée.

– Vous le savez, Cerra, reprend mon mari, que je suis facilement touché par la cause des malheureux. C'est pourquoi nous avons emmené avec nous les habitants de ce château, nobles comme domestiques, lors de notre fuite.

– Que vous êtes bon, je raille d'une voix égale. Mais...

Je regarde vaguement autour de moi avant de reposer mes yeux sur la gamine qui lance des regards aguicheur à mon mari, son amant.

– Où sont les domestiques de votre palais, justement  ?

– Et bien...

J'ai réussi à faire douter cette impudente jeune personne qui avait décidé de me tenir tête jusqu'à ce que je baisse ma garde la première. Heureusement, ce n'est pas arrivé. Que ses maîtresses se pavanent à la Cour avec les plus beaux bijoux du royaume, pourquoi pas. Mais qu'une d'entre elle ose se tenir devant moi comme si elle pouvait si aisément s'asseoir sur ce Trône qui a fait coulé tant de sang pour m'appartenir...

– Lizzie, peux-tu bien nous laisser  ? J'ai à discuter avec la Reine d'un sujet d'état – rien de bien intéressant.

Et, je ne sais trop pourquoi, je me doute bien que ce sujet « peu intéressant » concerne Edward... De quel autre plan Edmond peut-il bien parler ?

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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Sam 2 Juin 2018 - 18:05
Je viens de découvrir ton récit. C'est franchement captivant.
C'est bien écrit, le récit gagne en consistance avec les chapitres. Sur le fond, on en apprend plus petit à petit mais aussi sur la forme, avec les descriptions, les ressentis de tes personnages plus travaillés. Je suis curieuse de découvrir comment ces personnages vont interagir entre eux.

Tu as un imaginaire très intéressant, continue d'écrire Wink

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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Sam 9 Juin 2018 - 20:17
Merci beaucoup Sucré, ton message m'a fait hyper plaisir. (en bonne enfant que je suis je l'ai même fait lire à ma mère pour qu'elle soit fière de moi )
J'ai commencé l'année dernière comme tu as pu le voir et j'ai réussi à m'y remettre très facilement, maintenant je suis hyper inspirée et je compte profiter de mes vacances pour avant dans l'écrire Very Happy 

je reviens pour vous partager l'image complète dont mon avatar est issue, la voiciii

Spoiler:

Il y avait des soucis avec la robe et les cheveux, juste à gauche certaines parties des mèches disparaissaient : je suis assez fière de moi, j'ai racomodé le truc en c/c la texture supérieure des cheveux et en gérant la couleur. ça ne se voit pas trop alors ça me va ! Smile
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Dim 10 Juin 2018 - 13:23
Très sympa cette image ! Ta simself a quelque chose d’intrigant dans le regard.
Pour les retouches, j'ai cherché un petit moment pour les voir donc c'est très bien fait

Et pour en revenir à ton projet d'illustration, j'y ai pensé pendant ma lecture : mais pourquoi elle ne l'illustrerait pas avec les sims ? Donc je t'encourage à 2000%. cheers

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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Jeu 19 Juil 2018 - 16:25
Merci beaucoup Sucré !

Je reviens aujourd'hui... Avec de l'écriture ! C'est encore une histoire différente, mais je suis sûre qu'elle peut vous plaire. Il s'agit de ma toute première histoire, celle avec laquelle j'ai commencé l'écriture... J'en ai écrit des dizaines de versions différentes, mais je ne dépassse jamais les premiers chapitres : très souvent, je suis trop critique envers moi même ou je ne trouve pas les bons mots. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, j'ai été très inspirée et je pense tenir quelque chose. J'ai posé l'introduction alors c'est déjà ça !

Vos retours sont très importants, positifs ou négatifs.
Bonne lecture ! 

Spoiler:

Chapitre 1
La nuit était en train de tomber. Ça faisait bien longtemps que le soleil a disparu derrière l'horizon, mais ses dernières lueurs coloraient encore le ciel d'un rose vaporeux s'effaçant doucement minute après minute. La fin du couché de soleil est vite remplacé par un bleu nuit qui couvre la côte, et bientôt, le reflet de la lune brille dans les eaux tranquilles de la mer qui s'étend en face du public.
C'est une soirée très douce. Il n'a pas plu depuis près de deux semaines, et même en été, c'est rare pour une ville bretonne. Très vite, la digue de Trestraou se retrouva envahie par la foule. En balayant son regard sur l'attroupement, Alea reconnu une poignée de locaux, des habitants du bourg habitués au spectacle et quelques ados de son lycée. Mais la personne qu'elle cherchait ne donnait aucun signe de vie, même après trois appels en une heure.

– On peut rien faire pour lui, grogne le garçon près d'Alea.
– Il serait capable d'arriver en retard au bac.
– C'est tout à fait son genre.

Ça fait des semaines que la jeune femme pense nerveusement à cette soirée. Ses parents la croyaient angoissée par son oral du bac – de français, datant de la semaine précédente – mais la réalité était tout autre. Les feux d'artifices étaient une tradition pour elle, un moment symbolique. Même si Briac, lui, ne semblait pas très pressé.

– Tu sais quand Mika rentre ? Demanda Jonathan, qui s'affaissait non-nonchalamment sur le dossier du banc.
– Demain ou après-demain. Combien de temps entre Chambery et Perros-Guirec ? Répondit Alea de sa voix claire, presque enfantine.
– Aucune idée. Enfin, c'est certain qu'il arrivera avant Briac. Ça va commencer d'une minute à l'autre.

Mikaël Troadec, le « colosse » de la bande, était parti dans le sud-est de la France le soir même de l'épreuve orale de première. Il avait laissé un message sur leur groupe Messenger, expliquant que sa tante était décédée dans un accident de voiture. C'était son mari ivre et violent qui conduisait, et elle avait été la seule victime d'une injustice dégoûtante.
Mika n'était pas très doué avec les mots et ses fautes d'orthographes piquaient les yeux d'Alea, mais il avait écrit un pavé de louanges à l'adresse de sa tante. C'était, parait-il, une femme exceptionnelle et pédagogue avec les enfants de sa classe. Elle était sa « personne familiale préférée ».
Quelques jours après le départ de Mika, un autre de leur ami, Adam, avait passé un coup de fil à la mère de ce dernier. C'est ainsi qu'on apprit la vraie cause de la mort de Nina Troadec : un suicide, lié à son alcoolisme et à sa solitude. La mère de Mika parlait de sa belle-soeur avec dédain et quand Jonathan alla consulter le Facebook public de feu-Nina, il constata qu'elle était célibataire et n'était même pas amie avec son neveu. Neveu qui vantait ses qualités quelques jours auparavant.
C'était tout le temps comme ça avec Mikaël. Tout le monde connaissait sa tendance à affabuler, à enjoliver sa propre réalité. Mais ses amis pardonnaient ses mensonges et l'écoutaient déblatérer ses histoires improbables : dans un sens, ça les amusaient un peu. Tout le monde aime les histoires, et celles de Mikaël rajoutaient un peu de piment aux longues soirées d'ennui mortel passées à discuter dans le fameux groupe de tout... et surtout de rien.

Les lumières de la station balnéaire s'éteignirent et l'obscurité soudaine provoqua une vague de « Ohhh ! » et de « Ahhh ! » dans le public qui trépignait d'impatience face au feu d'artifice du 14 juillet. Alea avait perdu tout espoir de voir Briac ce soir. Mika loin de Bretagne, Adam alité et Briac on-ne-sait-où... Alea cacha sa déception pour ne pas énerver Jonathan qui était venu à sa demande.

– Excusez-moi, dît une très vieille dame avançant près d'eux avec sa canne. Ça vous ennuierait de me laisser le banc, mes petits ?
Elle parlait d'une voix faible et tremblante, aussi tremblante que ses mains qui lui donnait l'air de sortir du Grand Nord. Où Saint-Malo, pensa Alea. Machinalement, les deux ados se levèrent pour se diriger vers une parcelle de gazon, près de l'office du tourisme. Pas mal de jeunes s'entassaient là avec pétards et cannettes de bière. Ils auraient préféré rester sur le banc, mais d'ici, la vue était toujours convenable. Ils s'assirent au sol. Alea venait pour le spectacle, après tout.

Jon est silencieux. Les deux amis ont toujours eu ce lien si particulier. Entre deux, inutile de parler pour se comprendre. En un regard, Alea sait que Jonathan est mal à l'aise, entouré d'adolescents bruyants et oisifs, et Jonathan sait qu'Alea aurait aimé passer la soirée avec tous ses amis.
Quelqu'un effleure son bras au moment même où le premier feu est tiré dans le ciel.

C'est malin. Alea ne voulait rien rater du spectacle, mais tout son attention alla vers Briac. Le cœur d'Alea manque un battement. Ses cheveux lui tombaient sur les yeux et il portait un vieux T-shirt délavé, comme s'il venait seulement de se réveiller. Il afficha un sourire mi-moqueur, mi-gêné. Visiblement, lui non plus n'était pas à l'aise avec les autres lycéens autour d'eux. Alea décida de lui donner un coup de l'épaule, sa punition pour être arrivé trop tard. En un rien de temps, son ami s'allonge près d'elle, prenant appuie sur ses coudes, ses longues jambes étendues dans l'herbe. Elle décide de rester assise en tailleur.

Alea n'avait pas encore fait attention au silence qui régnait autour d'eux depuis le début du spectacle. Alors son regard se porta de nouveau vers le feu d'artifice.

Quand elle était plus jeune, elle venait ici avec ses parents, son grand frère Gaetan et sa petite sœur, Lucile. À l'époque, Alea n'avait pas encore attrapé – ou, du moins, ne ressentait pas encore – l'effet du syndrome de l'enfant du milieu. La jeune fille commentait chaque couleur, chaque intensité, chaque effet des jeux de lumières. Cela fatiguait ses parents, notamment son père qui n'aimait pas les bruits assourdissants des feux et qui n'avait pas envie d'entendre sa fille brailler toutes les cinq secondes. Depuis le collège, elle y allait avec des filles de son école. Elle avait tout simplement boudé les festivités l'année précédente (suite à une dispute violente avec sa mère), mais le fait d'y assister l'année de son dix-septième anniversaire, en compagnie de son meilleur ami et de Briac, c'était bien plus électrisant. Plus symbolique, plus mémorable.

Le son est en décalage avec l'image.
La pluie violette forme une rose. La bleue, un orage.
Je préfère les poussières dorées, celles qui éclatent et qui s'étendent et forment des branches d'arbre. Un grand arbre dont l'empreinte demeure dans le ciel.
Et la lumière.
Celle qui semblent fondre sur nous. Les feux.

– C'est beau, murmure Briac.
Ceux qui disparaissent dans l'océan.

Le cœur d'Alea refusait de battre correctement, ce soir. Sa tête était emplie de son et de tension.
Ce feu d'artifice lui appartient, à elle. Elle savait que tous les français faisaient la même chose qu'elle en ce moment précis. Tous avaient le visage levé vers le ciel pour célébrer la fête nationale, des dizaines de millions de personnes figées dans le temps pour un centre d'intérêt commun, une pensée commune. C'est beau.
Elea était la seule a comprendre ces choses là, elle en était certaine.

La seule qui pouvait s'imaginer flotter au dessus de soixante-six millions de personnes, comme une sorte de Dieu de lumière. C'était un moment très fort, et ses émotions tourbillonnait en elle jusqu'à lui donner les larmes aux yeux. Car c'était difficile de contenir toutes ses choses en elle-même. Une symphonie se jouait dans son cœur pendant que son monde entier était en apothéose. Elle n'avait pas besoin de prendre de drogue pour en ressentir les effets : elle était défoncée de grandeur, celle des deux feux d'artifices, celui qu'elle regardait attentivement et celui qui vivait en elle.

La drogue... Autour d'elle, ça sentait l'herbe, et ce simple constat suffit à la ramener dans le monde réel. Les garçons derrière elle riaient à gorge déployée et Alea ravala ses larmes.
Comme si elle venait de se réveiller d'un profond sommeil, elle commençait à ressentir de nouveau la vie autour d'elle. La caresse des boucles de Briac sur son bras et celle de sa main, qui était venue délicatement se poser sur la cuisse de la jeune femme.

Le final arriva plus vite que prévu, ce qui déçu un peu le groupe d'amis. Alea n'était plus hypnotisée, elle était de nouveau consciente des choses du quotidien. Elle n'arrivait plus à se concentrer sur le spectacle, pensant à des dizaines de choses à la fois. Sa note de bac. Les premiers pas de sa nièce. La tante de Mika. L'entrée en terminale scientifique dans son lycée de Lannion. La main de Briac délibérément posée sur sa cuisse. L'odeur du shit qui lui piquait le nez. Le malaise qu'elle ressentait à cause des personnes autour d'elle. Sa vulnérabilité et sa faiblesse. Son masque de plongée cassé. La main de Briac délibérément posée sur sa cuisse. Sa cuisse, la sienne !

Tonnerre d'applaudissement sur la station balnéaire de Trestraou. Le dernier feu s'est évanouie, le spectacle est fini, les lumières des lampadaires allumées de nouveau. La main de Briac est fourrée dans sa poche.
En un rien de temps, le public était déjà en route, soit vers le parking, soit vers les rues remontant vers le bourg de Perros-Guirec. Les festivités déjà terminées, chacun repartait vers son propre train-train quotidien, les gens pouvaient se reconcentrer sur leurs propres problèmes.

Jon et Briac se saluèrent et discutèrent un peu du bac, mais Alea n'était pas concentrée sur leur discussion. Un des garçons qui fumait, blond, avec du gel dans les cheveux et des cernes à faire peur, se tenait juste derrière eux. Les yeux rivés sur Briac.

– Je crois qu'il veut te parler, indiqua Alea, un peu intimidée.
– Qui ça, Allie ? Ahhh ! Jordan ! Dit Briac en se relevant. Ça va, mec ?
– ça va, répondit le dénommé Jordan en claquant sa main dans celle de Briac. Alors, pourquoi on t'a pas vu au stade tout à l'heure ?
– Je devais aider ma mère au café. C'était pas prévu, mais elle a menacé de me couper les vivres, alors..
– Je comprend. Tiens, salut, Jonathan. je t'avais pas vu.

Alea aurait très bien pu de pas être là. Elle assistait à la scène comme si elle était un fantôme qui flottait autour de ses amis. Comme si elle n'existait pas, les trois garçons discutaient ensemble. Elle décida de se lever à son tour : ce Jordan allait bien être obligé de la regarder, après tout. Mais à peine debout...

– Je dois y aller, dit-il, soudain mal à l'aise.

Puis il se pencha vers l'oreille de Briac, souffla quelque chose et éclata de rire. Jordan se dirigeait de nouveau vers ses potes, répéta ce qu'il venait de dire et les rires résonnèrent dans les tempes d'Alea, plus fort encore qu'un feu d'artifice. Elle voulait partir vite de cet endroit nocif. Elle avait beau se répéter que ce n'était sûrement rien, une voix dans sa tête lui disait de déguerpir, que ces vautours devaient être en train de se moquer d'elle, comme d'habitude. Alea ne connaissait pas Jordan, mais les filles qui se pavanaient derrière lui avaient été ses amies au collège. Et Alea n'était pas sans savoir que désormais, elle était détestée par cette petite bande. Qui en cachait des milliers d'autres, sûrement.

– On y va ? Proposa Jonathan, aussi gêné qu'Alea.
– Yep, répondit Briac.

Il n’accorda aucun regard à la fille dont il avait touché la cuisse, quelques minutes auparavant.
________________________________________________________________________________

Quand ils furent éloignés de la foule, les trois amis recommencèrent à discuter. C'était plus calme et la nuit était douce. Briac adorait les balades nocturnes et il les aimait encore plus quand c'était avec Alea. Mais ça, il ne le disait pas, surtout quand une tierce personne était présente.
Les Outsiders, c'était le nom de la bande qu'il formait avec Jonathan, Adam, Alea et Mika. Ils ne se connaissaient que depuis un an et demi, et pourtant, ils étaient déjà ses meilleurs amis. Ce n'était pas des grandes amitiés où l'on voyageait ensemble, où on organisait des grandes sorties au bowling ou au cinéma, pas de celles qu'on affiche sur Instagram avec le hashtag #bestfriendever.
Les Outsiders étaient différents des autres amis de Briac. Plus simples, moins dans la représentation permanente. Pourtant, l'étiquette qu'il portait était pesante, parfois. Car le groupe portait bien son nom : au lycée, ses amis n'avaient pas la cote, surtout Alea. Certains moments, Briac avait honte de traîner avec eux, un peu comme quand Jordan était venu lui parler, une demi-heure avant. Idiot et égoïste, pensait-il. Mais le problème de Briac, il demeurait le même depuis son enfance : il s'agissait de trouver sa place, sa personnalité, d'être cohérent avec soit-même. Depuis quelque temps, l'adolescent avait l'impression de n'être... personne.

– Qu'est-ce que tu en dis, Briac ? Lui demanda Alea de sa voix fluette. Ça te dit de venir à Trestrignel samedi prochain ?
– Je vais en parler à ma mère. Mika sera rentré ?
– On sait pas.

Briac se rend soudain compte qu'il ne sait pas quoi faire de ses mains. Il avait l'impression de passer pour un idiot, à balancer ses bras d'avant en arrière en marchant dans les rues de la ville. Alors, il les fourrent dans ses poches. Alea recommenca à parler, mais personne ne se concentrait sur ses mots, et elle le savait – parler pour ne rien dire, les Outsiders pratiquent cet art avec ferveur quand il s'agit de combler un vide.

Jonathan vivait au bourg, Alea et Briac au port. Arrivés dans la rue du premier, les trois amis se dirent au revoir.

– Bon, je te raccompagne, a dit Briac en se tournant vers son amie aux boucles blondes.
– Tu me raccompagnes forcément puisque tu passes dans ma rue pour rentrer chez toi.
– Pas faux.

Les deux adolescents descendent silencieusement la côte. Alea trouvait ce silence un peu surprenant. Elle était habituée aux sorties avec le groupe complet. Les anecdotes de Mika et les théories martiennes d'Adam lui manquaient un peu, c'est comme si une partie d'elle même lui avait été arraché.
Mais elle était seule avec Briac.. C'était rare. Sa gêne s'était envolée.

De toute façon, ils connaissaient tous deux la nature des sentiments qui les liaient : elle n'avait pas à en avoir honte.
Briac se sentait rougir.
La main d'Alea vint chercher la sienne. La retirer de sa poche. Glisser ses doigts dans les siens.
C'est minuscule, comme geste, mais c'est magique.
La descente vers le port se passe comme un rêve éveillé. Briac se sentait aussi bien que si il était dans son lit, entre deux gros oreillers, à se reposer dans le confort de ses draps. C'est vrai qu'il se sentait un peu idiot à penser à ce genre de choses...
Arrivés devant la maison en pierre d'Alea, les deux adolescents s'arrêtèrent. Elle adossée contre la façade, lui en face d'elle. Ils avaient envie de se dire quelque chose, chacun de leur côté, mais les mots ne venaient pas. Briac ne savait pas meubler comme Alea et Alea n'avait pas envie de meubler avec des choses inutiles devant Briac. Finalement, il n'y avait rien à dire..

Les lèvres de Briac vinrent caresser celle d'Alea.
C'est tout.
Une simple caresse.

– à Samedi, alors.
– à Samedi.

Quand Alea franchit le seuil de sa porte, elle ne prêta pas attention au sermont de sa mère qui lui reprochait d'être rentrée tard. Tout ce qui comptait, c'était le feu d'artifice dans son cœur et les papillons dans son ventre.
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Sam 21 Juil 2018 - 14:10
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Dim 5 Aoû 2018 - 11:31
Tu as bien fait de venir faire une petite piqûre de rappel dans le que faites-vous ! Je n'ai pas regardé ta vidéo, mais j'ai lu ton texte et je l'ai trouvé très bien. Je trouve que tu as bien su décrire l'ambiance de ce 14 juillet en Bretagne, de ces premiers sentiments qui font surface. Les jolies pensées d'une adolescente et l'amour qui se concrétise... c'est prenant ! Vraiment, tu écris bien (à part le début où tu hésites entre 2 temps de conjugaison). Continue !

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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Dim 16 Sep 2018 - 17:23

Update !

On commence avec un photoshoot. Ouaip, ça faisait longtemps que je n'avais pas édité des images. J'ai besoin de vos avis pour pouvoir m'améliorer ! Cette fois-ci j'ai décidé de jouer avec les couleurs.

Spoiler:





Quelques screens



Spoiler:

Présentation de partie - J'ai commencé à jouer avec cette simsette il y a quelques semaines. Gia Moretti, italienne et fraichement installée dans un studio miteux à San Myshuno ! J'ai bien, bien avancé dans cette partie, mais voilà un aperçu, une petite "introduction" !



Spoiler:

Gia adore les chats : dès son arrivée, elle est partie adoptée Tortue, un chaton mâle absolument trop mignon.


Gia est une grande fêtarde, mais son objectif n'est pas seulement de danser : c'est une bourreau des coeurs, une briseuse de ménage. Elle n'est pas froncièrement méchante... Mais elle est venue en ville pour pouvoir s'amuser ! La nuit, elle fait le tour des bars pour renconter un nouvel amant.


Gia aimerait devenir une véritable star du net. Mais pour le moment, son nombre d'abonné est au point mort. Pour payer les factures ? Son charisme lui permet de soutirer un peu d'argent à ses fréquentations...


Parfois, Gia se rend compte que sa vie n'est pas très équillibrante. Ses remises en questions ne l'empêchent jamais de recommencer peu de temps après. Pourtant, elle s'est résolue à se concentrer d'avantage à sa carrière dans les médias sociaux. Elle deviendra célèbre, elle en est certaine.
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 18 Sep 2018 - 7:09
Rien personne ?
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 18 Sep 2018 - 7:31
J'ai regardé, c'est beau. Je reviendrai plus tard.

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Linette
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 18 Sep 2018 - 7:33
Oh mince, j ai oublié de commenter ! raf
J'ai trouvé ton image éditée très belle ! Dans ailleurs, je préfère la seconde version en noir et blanc que la première car elle est moins "brûlée" par endroits, même si l'effet est quand même sympa sur la première. Mais on voit mieux aussi, le contour appareil photo sur la seconde, je préfère. Tes poses, ainsi que tes simssont adorables et bien réalistes. Et ton cadrage serré convient bien à ce genre de scène. J'aime d'ailleurs aussi beaucoup la dernière de ces amoureux. L'intensité du regard de la demoiselley est pour beaucoup !

Jolis screens des saisons. Qu'est ce qu'elles sont belles dans le jeu !

Et Mad'moi selle Gia est toute mimi aussi. Une peu fine à mon goût, mais ça c'est perso. J'aime beaucoup son caractère !

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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 18 Sep 2018 - 7:58
Ahah merci les filles. Mon message était un peu indélicat je m'en excuse ! En tout cas je suis contente d'avoir des retours. 
Isis je comprend bien entendu, c'est gentil d'être passée par ma galerie.
Linette, je suis contente que ça plaise ! Vous avez peut être remarqué qu'il y a un bug de texture sur la joue du garçon, je crois que c'est du a la coupe du garçon.
En fait, je me suis posée devant mon écran avec une image hyper belle et élaborée en tête. Puis je me suis dit : non, je n'ai pas encore les compétences pour faire ça. La prochaine étape peut être ? 
Enfin bref, du coup, j'ai décidé de faire plusieurs images. Histoire de varier un peu j'ai décidé de jouer avec les formes et tout, des trucs plutôt simple et réalisables à mon niveau. 
Les deux dernières images sont de vrais montages, les sims posaient dans une pièce avec source de lumière et j'ai fait un découpage sur un paysage simple, de nuit.
(Secret : c"est ma simself... est quelqu'un que j'aime plutôt bien irl )
Ensuite je suis d'accord avec toi les saisons sont magnifiques en jeu. Je pense que je prendrais d'ayres screens en jeu et je les posterai au fur et a mesure.
Je vois ce que tu veux dire pour Gia! Je l'ai faite volontairement maigre. Je m'amuse énormément avec cette partie. Pour la première fois je joue avec une durée de vie longue et j'ai le temps de faire pleins de trucs, c'est beaucoup plus réaliste je trouve. J'ai pleins d'idées pour la suite de sa vie. Je posterai en allant !
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Re: [Créations diverses] La Galerie de Queenie

le Mar 18 Sep 2018 - 19:06
Oh ben, je l'avais pas vu le bug. Je dirais plutôt que ça peut être dû à un accessoire qui ferait buguer la coiffure, mais comme je n'en vous pas sur la photo... je sais pas. Moi aussi, j'ai des bugs avec certaines coiffures. Et souvent ce sont souvent de fines lignes noires sur les visages (à priori à cause d'une carte graphique trop... bonne ! Si, si ! )

Tu ne devrais pas te décourager par rapport à un projet d'image que tu aurais en tête. Tu n'y arriveras peut-être pas du premier coup, et alors ? (dis-je en mettant mes 2 poings sur les hanches et en exagérant Wink ) Photoshop ne t'en voudras pas ! Et tu n'es pas obligée de nous montrer cette image, tant que tu n'en seras pas satisfaite cheers
Pour ma part, il y a des images qui m'ont pris des jours et des jours, surtout au début ! C'est normal ! Et puis quand je cherchais à faire un truc spécial je tapais sur Google, on trouve de tout Wink et sinon, en essayant des trucs, on tombe par hasard sur des effets très sympas, qu'on ne sait pas reproduire d'ailleurs, mais c'est pas grave Wink et enfin, je me souviens que pendant un été, j ai suivi tous les tutos d'ici (et de SA) qui parlaient des ombres, de la lumière, du détourage, de l'incrustation. J'ai gardé les liens en favoris, j'ai fait exactement comme ils montraient, puis à ma sauce, des trucs simples, puis des plus compliqués... tout ce qui me tombait sous la souris Wink

Je ne suis pas encore une spécialiste, loin de là, quand je vois ce que font certains, mais petit à petit, on se souvient d'astuces qui nous ont plu, d'effets qui claquent bien, et c'est comme ça que ça rentre. Et aussi, on peut retourner voir ses premières propres images....et là, souvent on a le sourire Wink

Quant à tes "véritables" montages, tu vois, je n'avais même pas remarqué que c'en étaient ! Bon, ok, maintenant, en y regardant de plus près, effectivement, le détourage est plutôt bon (il ne reste pas de pixels indésirables, je crois) mais pas très propre, c'est à dire par exemple que sur  l'épaule du garçon, dans la toute dernière, on voit, en zoomant, que sa ligne d'épaule n'est pas rectiligne. Mais bon, c'est léger. Pour les prochaines fois, tu devrais essayer de t'entraîner à utiliser la plume pour détourer, tu verras, c'est top ! Allez, continue bien Queenie, tu n'es pas loin des images que tu admirés tant chez les autres Wink

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